L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a mis en demeure Radio France pour des manquements aux règles du pluralisme politique concernant la représentation du Rassemblement national (RN). Le régulateur pointe une forte concentration des temps de parole du parti en horaires nocturnes, tandis que le groupe public invoque une erreur technique.
Selon les éléments relevés par l’Arcom et cités par Le Figaro, la répartition du temps d’antenne consacré aux représentants du RN sur les antennes de Radio France pose question. Sur la période du 1er janvier au 31 mars, près de 60 % du temps de parole accordé au parti sur France Inter a été diffusé entre minuit et 5h59. Une proportion encore plus élevée est observée sur France Info, où plus de 70 % des interventions auraient été programmées sur cette tranche horaire de très faible audience.
Le régulateur estime que cette organisation conduit à une sous-représentation effective du parti en journée. Dans son communiqué, l’Arcom considère ainsi que « les représentants de ce parti sont, au regard de sa représentativité, insuffisamment présents dans les programmes diffusés en journée », et conclut à des « manquements aux règles du pluralisme politique ». Une mise en demeure a donc été prononcée, dernier niveau d’avertissement avant d’éventuelles sanctions financières en cas de récidive.
Radio France invoque une erreur technique et un débat politique s’enflamme
Face à ces accusations, Radio France a réagi en évoquant un dysfonctionnement de comptabilisation des temps de parole. Selon un porte-parole du groupe public, il s’agirait d’une « erreur technique » liée à un outil qui ne distinguerait pas correctement les diffusions entre le jour et la nuit, un problème en cours de correction.
La direction assure donc que la situation ne relève pas d’une volonté éditoriale. Mais cette justification n’a pas suffi à calmer les critiques, notamment du côté du Rassemblement national. Marine Le Pen et Jordan Bardella dénoncent une « atteinte démocratique », estimant que leur formation, présentée comme « le premier parti de France », serait volontairement marginalisée par le service public audiovisuel.
Dans un contexte politique déjà tendu, cette affaire relance le débat récurrent sur la neutralité des médias publics et sur la manière dont est mesuré le pluralisme. L’Arcom rappelle que les chaînes et radios doivent transmettre mensuellement leurs relevés de temps de parole afin de garantir une « équité entre les formations politiques », un principe renforcé pour les médias du service public en raison de leur devoir d’exemplarité.
Un climat de tensions autour de l’audiovisuel public
Cette mise en demeure intervient alors que le sujet du pluralisme médiatique occupe une place centrale dans le débat public. Une récente commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public a ravivé les critiques, certains élus dénonçant un manque de neutralité, tandis que d’autres y voient une tentative de fragilisation du secteur.
Le dossier dépasse désormais Radio France. L’Arcom est également saisie de plaintes visant d’autres médias, notamment la chaîne CNews, accusée par certaines organisations de sous-représenter la gauche et de favoriser certains courants politiques. Ces débats s’inscrivent dans une période sensible, à moins d’un an de l’élection présidentielle, où la question de l’équilibre médiatique devient particulièrement scrutée.
Sources :
Le Figaro
