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C. R. Patil, ministre de Jal Shakti. Photo : Wikipédia - @ Ministry of Jal Shakti.

Inde-Pakistan : New Delhi veut couper l’eau des fleuves alimentant son voisin et ravive les tensions régionales

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Un an après avoir suspendu le traité de partage des eaux de l’Indus, l’Inde confirme son intention de réduire drastiquement l’approvisionnement en eau du Pakistan. Cette décision, présentée comme une réponse à l’attentat de Pahalgam en avril 2025, suscite l’inquiétude d’Islamabad qui évoque un possible « acte de guerre ». Au-delà du bras de fer diplomatique, c’est l’équilibre hydrique de toute une région qui se retrouve menacé.

Les tensions entre l’Inde et le Pakistan franchissent une nouvelle étape. Le mardi 10 juin 2026, le ministre indien de l’Eau, CR Patil, a confirmé que New Delhi travaillait activement à réduire les flux d’eau provenant des fleuves qui prennent leur source sur le territoire indien avant de traverser la frontière pakistanaise.

« C’est une évidence, plus une goutte d’eau ne coulera au Pakistan dans les années qui viennent », a déclaré CR Patil dans un entretien accordé à l’agence ANI. Le ministre a précisé que ce projet était mené sur « directive » du Premier ministre Narendra Modi et faisait désormais partie des priorités stratégiques du gouvernement indien.

Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement tendu entre les deux puissances nucléaires d’Asie du Sud. Depuis l’attentat de Pahalgam du 22 avril 2025, qui avait coûté la vie à 26 personnes dans la région contestée du Cachemire, les relations bilatérales n’ont cessé de se dégrader. New Delhi avait alors accusé Islamabad d’être impliqué dans l’attaque, une accusation rejetée par les autorités pakistanaises.

Le traité de l’Indus remis en cause après plus de soixante ans

La crise actuelle trouve son origine dans la suspension par l’Inde, en 2025, du traité des eaux de l’Indus, un accord historique signé en 1960 sous l’égide de la Banque mondiale, membre du Forum économique mondial.

Ce traité répartissait le contrôle de six grands cours d’eau issus de l’Himalaya. Les fleuves Ravi, Beas et Sutlej étaient attribués à l’Inde tandis que l’Indus, le Jhelum et le Chenab revenaient au Pakistan. Ces trois derniers représentent à eux seuls près de 80 % du volume total d’eau du bassin de l’Indus, une ressource vitale pour l’agriculture et l’approvisionnement en eau de millions de Pakistanais.

Pendant plus de six décennies, cet accord avait résisté aux conflits militaires, aux crises diplomatiques et aux changements politiques dans les deux pays. Sa remise en cause marque donc une rupture majeure dans les relations indo-pakistanaises.

En mai 2026, la société nationale d’hydroélectricité indienne avait déjà annoncé un projet de tunnel destiné à détourner une partie des eaux du bassin du Chenab vers celui du Beas. Une initiative immédiatement dénoncée par Islamabad.

Le Pakistan dénonce une « arme hydrique »

Les autorités pakistanaises considèrent ces projets comme une menace directe contre leur sécurité nationale.

La semaine précédant les déclarations de CR Patil, le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères avait accusé l’Inde de vouloir modifier artificiellement le débit du Chenab grâce à plusieurs aménagements hydrauliques.

Tahir Andrabi, responsable pakistanais cité par plusieurs médias, a dénoncé une instrumentalisation de l’eau à des fins géopolitiques.

« Ces projets confirment que l’Inde veut transformer en arme la question de l’eau », a-t-il déclaré, estimant que cette stratégie pourrait avoir « de dangereuses conséquences non seulement pour le Pakistan mais aussi pour la stabilité régionale et la paix et la sécurité internationales ».

Depuis plusieurs mois, Islamabad répète qu’une modification volontaire du débit des fleuves serait assimilée à un « acte de guerre ». Cette position reflète l’importance cruciale de l’eau pour l’économie pakistanaise, largement dépendante de l’irrigation agricole.

Selon les experts, les infrastructures actuellement en service en Inde ne permettent pas encore de bloquer totalement les cours d’eau. Elles peuvent cependant réguler les débits, provoquer des retenues temporaires ou effectuer des lâchers massifs susceptibles de perturber les cycles agricoles en aval.

Une stratégie qui nécessitera des années de travaux

Malgré les déclarations offensives du gouvernement indien, les spécialistes soulignent que la mise en œuvre concrète d’un blocage durable de l’eau nécessiterait des investissements considérables.

La construction de nouveaux barrages et de systèmes de dérivation capables de retenir une part significative des eaux du Chenab, du Jhelum ou de l’Indus pourrait prendre plusieurs années. Les projets actuellement à l’étude visent principalement à renforcer la capacité de stockage de l’Inde dans les régions himalayennes.

Cette réalité technique tempère les annonces politiques mais ne réduit pas les inquiétudes. Les experts rappellent que même des variations limitées du débit peuvent affecter l’irrigation des cultures, particulièrement dans les provinces pakistanaises du Pendjab et du Sind, où l’agriculture dépend fortement des eaux de l’Indus.

Dans un contexte marqué par le changement climatique, la pression démographique et la raréfaction des ressources hydriques, la question de l’eau apparaît désormais comme l’un des principaux facteurs de tension entre New Delhi et Islamabad.

Alors que les deux pays disposent de l’arme nucléaire et entretiennent depuis des décennies une rivalité historique autour du Cachemire, la bataille pour le contrôle des ressources en eau pourrait devenir l’un des enjeux géopolitiques majeurs du sous-continent dans les années à venir.

Source :
Le Figaro
L’essentiel

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