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Photo : @NextCloud

Euro Office : la nouvelle suite bureautique européenne de Nextcloud déclenche déjà la controverse

Nextcloud vient d’intégrer Euro Office à son environnement collaboratif à l’occasion de son événement Hub 26 Spring. Présentée comme une alternative européenne, souveraine et open source aux solutions de Microsoft et Google, GAFAM membres du Forum économique mondial cette suite bureautique suscite toutefois de vifs débats au sein de l’écosystème du logiciel libre. Entre querelles de licences, rivalités historiques et enjeux de souveraineté numérique, son lancement ne passe pas inaperçu.

À l’occasion de son événement Nextcloud Hub 26 Spring, l’éditeur allemand Nextcloud a officialisé l’intégration de la version 1.0 d’Euro Office au sein de son offre bureautique collaborative. Cette arrivée marque une évolution importante pour la plateforme, qui propose désormais deux environnements distincts à ses utilisateurs pour la création et l’édition de documents en ligne.

Jusqu’à présent, Nextcloud Office reposait principalement sur Collabora Online pour l’édition collaborative de textes, feuilles de calcul et présentations. Cette solution demeure disponible et bénéficie de nouvelles améliorations destinées à renforcer l’interopérabilité entre les différents outils et à fluidifier l’expérience utilisateur. L’ajout d’Euro Office élargit néanmoins les possibilités offertes aux organisations souhaitant conserver le contrôle de leurs données et de leurs infrastructures.

Une alternative européenne aux géants américains

Euro Office s’inscrit dans une dynamique de souveraineté numérique qui gagne du terrain en Europe. Développée par un consortium d’acteurs européens, dont Nextcloud fait partie, la suite ambitionne de proposer une réponse crédible aux plateformes dominantes du marché telles que Microsoft 365 et Google Workspace.

La solution met à disposition des outils collaboratifs pour la rédaction de documents texte, la création de feuilles de calcul, la réalisation de présentations ainsi que l’édition de fichiers PDF. Son modèle open source permet également à différents partenaires de l’intégrer à leurs propres services ou plateformes.

Pour Nextcloud, l’intégration directe d’Euro Office doit permettre d’améliorer les performances globales de son environnement. L’entreprise met notamment en avant une meilleure réactivité, un affichage plus rapide des documents et une réduction de la charge sur les serveurs.

Une naissance marquée par les polémiques

Si le projet affiche de grandes ambitions, son parcours n’a pas été exempt de controverses. Lors de sa première présentation publique au mois de mars 2026, Euro Office s’est retrouvé au cœur d’un différend avec les développeurs d’OnlyOffice.

La polémique portait sur l’utilisation du code source d’OnlyOffice, dont Euro Office est dérivé. Les responsables d’OnlyOffice reprochaient au projet européen d’avoir supprimé certaines références à leur marque et à leur identité visuelle. Après plusieurs semaines de débat, la Free Software Foundation a finalement estimé qu’Euro Office respectait les dispositions de la licence concernée. L’organisation a même rappelé à OnlyOffice certaines obligations liées à cette licence.

Mais cette décision n’a pas mis fin aux critiques. À l’approche de la sortie officielle de la version 1.0, c’est au tour de la Document Foundation, l’organisme qui supervise le développement de LibreOffice, de remettre en question plusieurs éléments du discours porté par Euro Office.

LibreOffice conteste plusieurs affirmations

Dans une publication consacrée au sujet, la Document Foundation réfute notamment l’idée selon laquelle Euro Office serait la première suite bureautique développée en Europe. L’organisation rappelle que des projets majeurs comme OpenOffice puis LibreOffice ont vu le jour sur le continent européen dès le début des années 2000 et constituent depuis longtemps des alternatives open source reconnues.

Autre point de friction : le choix du format de document utilisé par défaut. Selon la fondation, Euro Office privilégie le format OOXML, conçu à l’origine par Microsoft. Pour certains défenseurs du logiciel libre, ce choix interroge la cohérence du projet avec son ambition affichée d’indépendance technologique.

Une concurrence européenne de plus en plus intense

Le lancement d’Euro Office intervient dans un contexte particulièrement dynamique pour les outils collaboratifs européens. Plusieurs initiatives cherchent actuellement à s’imposer face aux géants américains du cloud et de la bureautique.

Parmi elles figure Collabora Online, disponible depuis 2016 et développée par une société britannique. Cette technologie sert notamment de fondation à Office.EU, une suite collaborative européenne dévoilée en mars 2026 par une entreprise néerlandaise.

D’autres acteurs occupent également le terrain. Proton, connu pour ses services axés sur la confidentialité, propose depuis plusieurs années des fonctionnalités collaboratives open source intégrées à Proton Drive. L’entreprise figure d’ailleurs parmi les soutiens affichés du projet Euro Office.

Cette multiplication des initiatives traduit l’importance croissante accordée aux questions de souveraineté numérique en Europe. Toutefois, les relations entre les différents acteurs restent parfois tendues. Au printemps 2026, les développeurs de Collabora ont notamment été écartés de la Document Foundation, sur fond de divergences stratégiques concernant l’avenir de LibreOffice Online.

Dans ce contexte particulièrement concurrentiel, il demeure difficile de déterminer quelle solution parviendra à s’imposer comme la principale alternative européenne aux offres de Google et Microsoft. Une chose est certaine : la bataille pour le contrôle du marché des suites bureautiques collaboratives open source ne fait que commencer.

Source :

ZDNET

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