Les autorités israéliennes ont interdit l’entrée sur leur territoire à Alice Froussard, journaliste française couvrant depuis plusieurs années le conflit israélo-palestinien pour RFI et Radio France. Cette décision provoque une vive réaction des médias concernés et relance les débats sur les conditions de travail des journalistes dans la région.
Nouvel épisode de tension autour de la liberté de la presse au Proche-Orient. Les autorités israéliennes ont refusé l’accès à leur territoire à Alice Froussard, journaliste française spécialisée dans le suivi du conflit israélo-palestinien, arrivée à l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv le 10 juin.
Selon un communiqué diffusé par le ministère israélien de la Diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, la journaliste a été immédiatement refoulée puis renvoyée vers la France. Le ministre Amichai Chikli a justifié cette mesure en affirmant qu’Alice Froussard aurait exprimé à plusieurs reprises des positions favorables au Hamas, mouvement islamiste palestinien considéré comme une organisation terroriste par Israël et plusieurs pays occidentaux.
Les accusations s’appuient notamment sur certaines publications relayées sur les réseaux sociaux. Le ministre lui reproche d’avoir utilisé le terme de « massacre » pour qualifier certaines opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza ou encore d’avoir évoqué un système d’« apartheid » concernant la situation en Cisjordanie.
Face à ces accusations, les réactions n’ont pas tardé. Radio France Internationale a indiqué n’avoir reçu aucune justification officielle détaillée de la part des autorités israéliennes. La direction de la radio a dénoncé une décision portant atteinte à l’exercice du métier de journaliste dans une région où les conditions d’accès à l’information sont déjà fortement contraintes.
Même tonalité du côté de Radio France. La direction de l’information du groupe public a fait part de sa préoccupation face à une mesure jugée incompatible avec le principe fondamental de liberté de la presse. L’entreprise rappelle qu’Alice Froussard disposait des autorisations professionnelles nécessaires pour poursuivre son travail de terrain.
La Société des journalistes de RFI a également réagi avec fermeté. Dans un communiqué, elle rejette catégoriquement toute proximité entre sa consœur et le Hamas, estimant que les accusations formulées à son encontre sont infondées. L’organisation souligne le travail réalisé depuis plusieurs années par la journaliste auprès des populations palestiniennes et rappelle son engagement à fournir une couverture rigoureuse des événements.
Cette affaire intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible entre Paris et Jérusalem. Deux jours auparavant, la France avait annoncé une interdiction d’entrée sur son territoire visant Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances, en raison de positions jugées contraires au droit international concernant l’avenir de la Cisjordanie.
Interrogé sur cette affaire, le ministère français des Affaires étrangères a indiqué avoir immédiatement apporté une assistance consulaire à la journaliste. Paris a toutefois rappelé que les décisions d’admission sur un territoire national relèvent de la souveraineté de chaque État.
L’Association de la presse étrangère, basée à Jérusalem, a pour sa part condamné la décision israélienne. L’organisation estime que cette mesure constitue un précédent préoccupant et appelle les autorités à revenir sur leur position afin de garantir le libre exercice du journalisme.
L’affaire intervient alors que les critiques concernant l’accès des médias internationaux aux territoires palestiniens se multiplient. Depuis le début de la guerre déclenchée après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, plusieurs organisations de défense de la presse dénoncent les obstacles rencontrés par les journalistes étrangers pour couvrir les événements sur le terrain.
Cette situation est également relevée par l’ONG Reporters sans frontières. Dans son classement mondial 2026 de la liberté de la presse, Israël occupe la 116e place sur 180 pays évalués. L’organisation considère le refoulement d’Alice Froussard comme une mesure injustifiée et y voit un nouveau signal des difficultés rencontrées par les médias internationaux dans la couverture du conflit israélo-palestinien.
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