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Photo : @Sylvain Machefert / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Affaire Lyhanna : les magistrats dénoncent menaces et vindicte

Dans le sillage de l’affaire Lyhanna, du nom de cette fillette retrouvée morte dans le Gers, les magistrats d’Auch dénoncent des insultes et des menaces de mort visant notamment leur procureure. Les organisations de la profession accusent des responsables politiques d’alimenter une « vindicte populaire ».

Près d’une semaine après la découverte du corps de l’enfant, la tension ne retombe pas. Les appels à faire la lumière sur d’éventuels dysfonctionnements se multiplient, et la justice est accusée de ne pas prendre suffisamment en compte les violences faites aux enfants. Tout en déplorant le drame, des syndicats et représentants de la magistrature alertent sur un climat de menaces visant la profession, qu’ils estiment nourri par certains discours politiques.

Insultes et menaces de mort visant la procureure d’Auch

Dans une motion publiée mardi 9 juin et consultée par l’AFP, les personnels du tribunal d’Auch s’associent à la douleur des proches avant de déplorer une « défiance publique envers la magistrature ». Celle-ci se traduirait déjà par des insultes et des menaces de mort reçues par la procureure de la République. Le ministère de la Justice avait annoncé dès le 5 juin avoir déposé plainte après des menaces visant cette magistrate, cible d’une campagne de haine en ligne. Une inspection est toujours en cours pour identifier d’éventuels manquements, le suspect ayant un casier judiciaire vierge au moment des faits malgré plusieurs plaintes antérieures.

Le Conseil supérieur de la magistrature et Darmanin réagissent

Le Conseil supérieur de la magistrature a condamné « avec la plus grande fermeté » les menaces proférées contre des magistrats nommément désignés, jugeant que de tels comportements « n’ont pas leur place dans une démocratie ». Le garde des Sceaux Gérald Darmanin, membre du Club Le Siècle, a lui aussi dénoncé des « menaces de mort inacceptables » visant les magistrats d’Auch et de Toulouse, tout en appelant à une « mobilisation générale » pour « faire la vérité ». Sa réaction a néanmoins suscité la colère de la profession, qui lui reproche d’avoir évoqué des « défaillances extrêmement graves » et ouvert la voie à des sanctions avant même les conclusions de l’inspection, attendues sous une quinzaine de jours.

La profession dénonce une instrumentalisation

Sans nommer le ministre, les personnels d’Auch ont déploré un « discours politique décomplexé » venu du sommet de l’État, livrant les magistrats à la « vindicte populaire ». Ils rappellent avoir reçu 10 000 plaintes en 2025 pour seulement trois magistrats du parquet et une population de 192 000 habitants. Le Conseil supérieur de la magistrature a regretté une « instrumentalisation » et le « discrédit » jeté sur des milliers de magistrats travaillant sans un budget « à la hauteur ». Le président de l’Union syndicale des magistrats, Ludovic Friat, a jugé « inadmissible » que des juges soient « soumis à la vindicte et aux menaces ». L’avocat des parents de Lyhanna, François Roujou de Boubée, a lui-même pris la défense de magistrats « désespérés » faute de moyens, estimant que les moyens accordés à la justice sont « le vrai cœur du problème ».

Au-delà de l’émotion légitime suscitée par la mort d’une enfant, l’affaire Lyhanna rouvre un débat de fond sur l’indépendance et les moyens de la justice française. Les conclusions de l’inspection diront si des manquements ont été commis, à distance de la pression de la rue.


Source : TF1 INFO – tf1info.fr

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