You are currently viewing Taïwan : « Si la Chine attaque, l’Europe sera touchée », alerte le vice-ministre Wu Chih-chung
Drapeau de la Chine et de Taïwan. Image générée par IA.

Taïwan : « Si la Chine attaque, l’Europe sera touchée », alerte le vice-ministre Wu Chih-chung

Dans un entretien exclusif accordé à Euronews Next, le vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères, Wu Chih-chung, met en garde contre les conséquences mondiales d’une éventuelle offensive chinoise contre Taïwan. Entre dépendance stratégique aux semi-conducteurs, tensions croissantes dans le détroit de Taïwan et rapprochement avec l’Europe, le responsable taïwanais affirme que l’avenir de l’île concerne désormais directement les démocraties occidentales.

Alors que les tensions entre Pékin et Taipei continuent de s’intensifier, le vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères, Wu Chih-chung, estime qu’une crise dans le détroit de Taïwan ne se limiterait pas à un conflit régional.

« Si la Chine attaque Taïwan, la France, l’Europe, les États-Unis et le Japon seront tous affectés. Taïwan se trouvera dans une situation terrible, mais vous aussi », avertit-il dans un entretien accordé à Euronews Next le 10 juin 2026.

Cette déclaration intervient dans un contexte où la République populaire de Chine continue de revendiquer Taïwan comme une partie intégrante de son territoire. Depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949 et la victoire des communistes de Mao Zedong, Pékin considère l’île comme une province rebelle destinée à être réunifiée, par la force si nécessaire.

La Chine refuse toujours de reconnaître Taïwan comme un État souverain et impose sur la scène internationale l’appellation « Chinese Taipei », conformément à sa doctrine dite de « l’unique Chine ».

Wu Chih-chung conteste fermement cette lecture historique. « La Chine n’était pas le seul pays présent », rappelle-t-il.

Le diplomate souligne que Taïwan a connu de nombreuses influences au cours de son histoire : domination néerlandaise, présence espagnole, administration de la dynastie Qing puis colonisation japonaise entre 1895 et 1945.

Selon lui, les arguments historiques avancés aujourd’hui par Pékin ne suffisent pas à justifier ses revendications contemporaines sur l’île. « Il y a aujourd’hui une histoire taïwanaise qui s’écrit, et je crois profondément à la résilience du peuple taïwanais. »

Le « bouclier de silicium », arme stratégique de Taïwan

Au-delà de sa position géographique, Taïwan est devenue un acteur indispensable de l’économie mondiale grâce à son industrie des semi-conducteurs.

L’île abrite notamment Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), leader mondial du secteur et principal fabricant des puces électroniques les plus avancées utilisées dans l’intelligence artificielle, les smartphones, les centres de données, les supercalculateurs et les systèmes militaires.

Wu Chih-chung rappelle l’importance stratégique de cette industrie :

« Environ 70 % de tous les semi-conducteurs sont fabriqués à Taïwan, ainsi que 95 % des puces les plus avancées et 100 % des puces destinées à l’intelligence artificielle. »

Le responsable taïwanais insiste sur la complexité technologique développée depuis plusieurs décennies par l’industrie locale.

« Sur un centimètre carré de semi-conducteur, de la taille d’un bout de doigt, c’est très petit. Là-dedans, les Taïwanais parviennent à intégrer plus de 10 milliards de composants. C’est notre savoir-faire. »

Pour Taipei, cette maîtrise technologique constitue ce que les analystes appellent désormais le « bouclier de silicium », c’est-à-dire l’idée que la dépendance mondiale aux puces taïwanaises rendrait toute attaque chinoise particulièrement risquée pour l’économie internationale.

« Toute l’Europe tient dans ce centimètre carré de silicium », résume Wu.

Quelques jours auparavant, Jensen Huang, directeur général de Nvidia, avait lui-même qualifié Taïwan de « meilleure chaîne d’approvisionnement au monde » et « d’épicentre de la révolution de l’IA ».

Malgré les investissements massifs engagés aux États-Unis, en Europe ou au Japon pour développer des capacités nationales de production, Wu estime que le retard technologique ne pourra être comblé rapidement.

Selon lui, le savoir-faire industriel accumulé depuis les années 1970 représente plusieurs décennies d’expérience difficilement reproductibles.

Le détroit de Taïwan, artère vitale du commerce mondial

L’inquiétude de Taipei ne concerne pas seulement les semi-conducteurs.

Le détroit de Taïwan constitue également l’une des routes maritimes les plus fréquentées au monde.

Wu Chih-chung affirme que plus de 60 000 conteneurs transitent chaque jour par cette voie maritime de 180 kilomètres séparant l’île du continent asiatique.

Selon lui, ce volume représenterait environ trois fois le trafic combiné observé dans les canaux de Panama et de Suez.

« Vous pouvez imaginer, si la Chine attaque Taïwan ou impose ne serait-ce qu’un blocus autour de l’île, à quel point les intérêts du monde entier seraient touchés. »

Pour le vice-ministre, la sécurité du détroit constitue désormais une responsabilité internationale.

« La stabilité de la région est une responsabilité mondiale. »

Il souligne toutefois que Taïwan ne nourrit aucune illusion sur une intervention automatique de ses partenaires occidentaux.

« Pourquoi la France protégerait-elle les Taïwanais ? Nous n’avons jamais été un pays français ; pourquoi la France ferait-elle cela ? »

Mais il rappelle immédiatement que Paris possède des intérêts économiques, commerciaux et stratégiques importants dans l’Indo-Pacifique.

« La France a des intérêts très importants dans la région et c’est un pays indo-pacifique. »

Une relation stratégique qui se renforce avec l’Europe

Pour Taipei, l’Europe est devenue un partenaire indispensable dans la chaîne mondiale des semi-conducteurs.

Wu cite plusieurs exemples précis :

Les machines de photolithographie de pointe utilisées par TSMC sont fabriquées aux Pays-Bas par ASML.

Les systèmes optiques essentiels à la gravure des puces proviennent du groupe allemand Zeiss.

Les gaz industriels indispensables à la fabrication sont fournis par le groupe français Air Liquide.

La recherche avancée dans les semi-conducteurs bénéficie également du savoir-faire du centre belge IMEC à Louvain.

Cette interdépendance industrielle pousse Taïwan à renforcer ses liens avec les pays européens.

Parmi les partenariats récents évoqués figure notamment la coopération entre le géant taïwanais Foxconn et le groupe français Thales dans les domaines des semi-conducteurs et des centres de données spatiaux.

« Nous sommes prêts à partager notre savoir-faire avec les pays démocratiques, pour le bien de l’humanité », affirme Wu.

Le diplomate reconnaît néanmoins que les relations restent compliquées en raison des pressions exercées par Pékin.

« La Chine fait tout pour nous bloquer. »

Il regrette que Taïwan ne puisse pas dialoguer avec l’ensemble de ses partenaires internationaux dans un cadre diplomatique classique.

« Un pays aussi important que Taïwan devrait normalement avoir la possibilité d’aborder avec vous toutes les grandes questions de manière normale, mais nous ne pouvons pas le faire. »

Malgré ces obstacles, il constate une multiplication des échanges discrets entre l’Europe et l’île.

« Il y a de plus en plus d’occasions pour Taïwan et l’Europe de dialoguer discrètement. »

Concernant la situation politique de l’île, Wu rappelle enfin que Taipei ne cherche pas à proclamer formellement son indépendance.

« Taïwan n’a pas besoin de proclamer l’indépendance. »

Selon lui, la réalité est déjà celle d’un territoire disposant de son propre gouvernement, de sa propre armée et de sa propre politique étrangère.

« Nous sommes contraints de maintenir un équilibre très délicat : défendre notre démocratie et notre mode de vie d’un côté, ne pas trop provoquer la Chine de l’autre. »

Pour conclure, le vice-ministre résume sa vision des relations avec les démocraties occidentales à travers une métaphore personnelle :

« Quand vous vous mariez, vous ne demandez pas à votre conjoint s’il est prêt à mourir pour vous. Vous construisez une relation. Vous travaillez ensemble. Et une force naturelle naît de cela. »

Sources :
Euronews

Laisser un commentaire