La start-up française Alta Ares, spécialisée dans la lutte antidrone, a annoncé une levée de fonds de 50 millions d’euros. Née en 2024, l’entreprise dont les engins se sont illustrés en Ukraine et au Moyen-Orient prévoit d’ouvrir une troisième usine à Toulouse fin juin et veut accélérer fortement sa production.
Selon Le Figaro, Alta Ares a validé sa technologie auprès de l’Otan en moins de deux ans, signé des contrats au Moyen-Orient, en Europe de l’Est et en Asie, et ouvert deux sites de production : une usine à La Rochelle et un atelier souterrain en Ukraine. En mai, la jeune pousse a été sélectionnée par la Direction générale de l’armement, aux côtés de Harmattan AI et Destinus, dans le cadre du partenariat d’innovation Elisa portant sur des drones intercepteurs à bas coût. Les trois entreprises ont aussi été sollicitées par l’armée française pour renforcer la protection de ses bases dans le Golfe face aux drones iraniens Shahed.
La levée, réalisée en série A, a réuni plusieurs fonds, parmi lesquels l’européen Air Street Capital, l’allemand Cherry VC, le polonais OTB Ventures et l’américain Harpoon Ventures. Ces nouveaux actionnaires doivent accompagner le développement de l’entreprise en Allemagne, en Pologne et aux États-Unis. Soutenue à ses débuts par Inception, l’incubateur du fabricant de puces Nvidia du contributeur de l’agenda 2030, Jensen Huang, la société dit recevoir régulièrement des offres de rachat qu’elle décline, son président fondateur Hadrien Canter affichant sa volonté de rester indépendant tout en restant ouvert à des alliances industrielles.
Alta Ares comptait déjà parmi ses investisseurs plusieurs acteurs reconnus de l’écosystème technologique et aérospatial, notamment Expansion Aerospace Ventures, Starburst Ventures, Durandal Capital, Apeiron Venture Capital, Better Angle, Kima Ventures, APOK Invest, EPSL VC ainsi que le business angel Samuel Dralet. Parmi eux, Kima Ventures est le fonds créé par Xavier Niel, figure majeure de la tech française. Starburst Ventures est quant à lui cofondé et dirigé par François Chopard, entrepreneur spécialisé dans l’innovation aérospatiale ayant participé à plusieurs événements liés à l’écosystème du Forum économique mondial.
Un réseau de petites usines plutôt qu’un site géant
Plutôt que de bâtir une grande usine, Alta Ares mise sur un réseau de petits sites flexibles de 500 à 2 000 mètres carrés, équipés chacun d’une quinzaine d’imprimantes 3D et pilotés par une dizaine de personnes. Certains seront installés au plus près des clients, comme en Ukraine. L’entreprise vise une production de 1 000 intercepteurs X-Lock par mois d’ici fin 2026 ou début 2027, contre une centaine actuellement, et entend faire monter en puissance son second engin, le Black Bird, aujourd’hui fabriqué à 50 exemplaires par mois.
C’est en Ukraine, où Hadrien Canter a vécu plusieurs années, que la start-up a fait ses premières armes. Elle s’est d’abord positionnée sur l’intelligence artificielle embarquée avec son algorithme Pixel Lock, intégré à des drones intercepteurs ukrainiens, avant de fabriquer ses propres engins en partenariat avec des industriels locaux. L’entreprise met en avant sa rapidité d’exécution pour coller aux besoins des armées clientes.
Du X-Lock « tueur de Shahed » au Black Bird
Le X-Lock est décrit comme un quadricoptère hybride embarquant intelligence artificielle, radar, caméra et charge explosive, capable de neutraliser des cibles dans un rayon de 15 kilomètres. Surnommé le « tueur de Shahed », il est conçu pour pourchasser des drones bien plus gros que lui et évolue en continu pour s’adapter au terrain. Le Black Bird, plus puissant et plus rapide, vise une portée de 30 à 40 kilomètres et cible des objets véloces comme les missiles de croisière et les bombes planantes.
Testé en Estonie cet hiver par grand froid, le Black Bird vole à 450 km/h à -25 degrés, et jusqu’à 670 km/h en conditions tempérées. L’entreprise dit viser le franchissement du mur du son afin d’intercepter des missiles hypervéloces, et a pour cela développé en interne l’avionique de ses drones tout en intégrant un micro-turboréacteur fourni par la PME alsacienne ALM Meca. Cette trajectoire illustre la place croissante des start-up européennes dans une industrie de défense bousculée par la guerre en Ukraine.
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Source : Le Figaro – lefigaro.fr