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Photo : Valo139 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Camp du Struthof : fouilles archéologiques inédites au bloc cuisine

Au camp du Struthof, seul camp de concentration nazi installé sur le sol français, des fouilles archéologiques inédites accompagnent pour la première fois la restauration d’un bâtiment. Les recherches portent sur l’ancien bloc cuisine, dernier édifice non restauré du site, qui sera ouvert au public fin 2027.

C’est dans une longue baraque en bois, construite par des déportés en 1942, que la nourriture du camp était préparée : des soupes claires accompagnées d’un peu de pain ou de jus d’orge. Selon Sciences et Avenir, il s’agit de la seule baraque de ce style conservée dans le camp, situé dans une forêt des Vosges alsaciennes, et du dernier bâtiment dont la remise en état s’accompagne d’un suivi archéologique, dans le cadre d’un projet de revalorisation du mémorial.

Longtemps utilisé comme entrepôt, le bloc cuisine sera ouvert aux visiteurs à l’issue de sa restauration, prévue fin 2027. L’objectif est que le public puisse entrer dans le bâtiment et mieux saisir la survie quotidienne des déportés, explique Michaël Landolt, directeur du Centre européen du résistant déporté du Struthof. Construit par les nazis lorsque l’Alsace était annexée au Reich, le camp et ses annexes furent un lieu de travail forcé entre 1941 et 1944, d’abord pour l’extraction de granite rose puis pour le démontage de moteurs d’avion destinés à la firme allemande Junkers. Sur les quelque 50 000 déportés enregistrés, 17 000 périrent, selon le mémorial.

Des objets pour réécrire l’histoire du lieu

Il ne reste presque rien de l’aménagement intérieur de la baraque, pillée après la guerre. Ont subsisté les grands bacs en ciment où étaient nettoyés les bouteillons de 50 kg, ces marmites que deux détenus devaient acheminer jusqu’aux baraques en descendant des escaliers abrupts. À l’époque nazie, les détenus affectés à la cuisine y travaillaient sous la surveillance d’un kapo.

Les fouilles visent à retrouver des traces, dans l’architecture comme dans les objets, qui permettent de réexpliquer l’histoire du bâtiment depuis sa construction, indique l’archéologue Juliette Brangé. Sous le plancher, elle a déjà mis au jour une petite fiole en verre, des boutons, des fragments de cuir de chaussures, un peigne et un bon pour obtenir de l’eau. Ce dernier papier, jauni et partiellement délavé, a appartenu à un détenu de l’après-guerre condamné aux travaux forcés pour collaboration. Le site a en effet servi jusqu’en 1949 de camp d’internement de collaborateurs par les autorités françaises avant de devenir un mémorial. À ce stade, aucun objet de la période concentrationnaire n’a encore été retrouvé.

Préserver la mémoire après les derniers témoins

L’archéologue fouille désormais l’espace situé entre les deux panneaux de bois formant les murs. Retirées une à une puis numérotées, les planches seront restaurées par une entreprise de Besançon avant d’être replacées à leur emplacement d’origine. Pour l’instant, la chercheuse a surtout trouvé des nids de guêpes et un papier isolant entre les cloisons, mais elle n’exclut pas la présence d’objets cachés derrière les parois.

Ce travail minutieux s’inscrit dans une démarche plus large de préservation de ce type de mémorial. Ce sont ces lieux de survie qui subsisteront après la disparition progressive des témoins de cette époque, souligne le directeur du Centre européen du résistant déporté, pour qui leur conservation est essentielle à la transmission auprès des générations futures.

À mesure que s’éteignent les dernières voix de la déportation, l’archéologie devient un relais de mémoire. Au camp du Struthof, chaque objet exhumé sous un plancher prolonge un récit que les pierres, bientôt, porteront seules.

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Source : Sciences et Avenir – sciencesetavenir.fr

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