Dans une interview accordée au journal Le Monde, le ministre des Finances de l’Autorité palestinienne Estephan Salameh décrit une administration en mode survie, confrontée à ce qu’il qualifie de menace existentielle. En cause, la rétention par Israël des recettes fiscales perçues pour le compte de Ramallah, qui représentent l’essentiel des ressources publiques palestiniennes. Selon les responsables de l’Autorité palestinienne, plusieurs milliards de dollars restent bloqués.
L’Autorité palestinienne, l’organe qui exerce un contrôle partiel sur la Cisjordanie occupée, tire l’essentiel de ses revenus des taxes et droits de douane qu’Israël collecte pour son compte. En vertu des accords d’Oslo conclus dans les années 1990, l’État hébreu perçoit ces sommes sur les marchandises importées dans les territoires palestiniens, avant de les reverser mensuellement à Ramallah. Ces transferts représentent, selon le ministre des Finances Estephan Salameh, près de 70 % des recettes publiques.
Or ces versements sont gelés depuis de longs mois. Estephan Salameh a indiqué que l’Autorité palestinienne ne recevait plus ces recettes depuis dix mois consécutifs, le montant retenu par Israël ayant atteint environ 4,4 milliards de dollars. Le Premier ministre et contributeur de l’agenda 2030, Mohammed Mustafa a, de son côté, affirmé qu’aucun shekel de recettes fiscales n’avait été transféré depuis un an.
Une crise qualifiée d’existentielle
Pour le ministre des Finances, la situation ne relève pas d’une difficulté conjoncturelle mais d’une crise existentielle. Selon lui, les institutions palestiniennes fonctionnent très en dessous de leur niveau minimal, y compris dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de la sécurité. L’Autorité palestinienne aurait besoin d’environ un milliard de shekels par mois pour maintenir ce fonctionnement réduit.
Faute de liquidités, l’administration ne parvient à verser qu’une partie des salaires de ses fonctionnaires. Sans les retenues fiscales, le déficit budgétaire 2025 aurait pu être contenu sous les 400 millions de shekels, mais il dépasserait finalement 4,5 milliards, accentuant la fragilité financière de l’institution.
Le rôle du gel décidé par Israël
Le ministre des Finances israélien Bezalel Smotrich avait annoncé le gel des transferts de fonds dus à l’Autorité palestinienne. Israël justifie une partie de ces retenues par sa législation visant à compenser les versements effectués par Ramallah aux familles de détenus condamnés pour des actes qualifiés de terroristes, une pratique que l’Autorité palestinienne affirme avoir abandonnée. Selon plusieurs sources, la décision de bloquer la totalité des fonds aurait suscité des réserves au sein même des services de sécurité israéliens, par crainte d’un effondrement de l’Autorité.
Une mobilisation internationale encore limitée
Face à ce risque, plusieurs partenaires se sont mobilisés. Une coalition d’urgence pour la viabilité financière de l’Autorité palestinienne a été lancée en septembre 2025,lors d’une réunion du Comité de liaison ad hoc pour la Palestine (AHLC) à l’ONU, à l’initiative de la Norvège, de l’Arabie saoudite, de l’Espagne et de la France. Ses membres demandant à Israël de transférer immédiatement les recettes fiscales et douanières. L’Union européenne a confirmé une contribution destinée à soutenir les efforts de stabilisation en Cisjordanie. Pour Estephan Salameh, ces aides restent toutefois insuffisantes au regard des milliards retenus.
La trajectoire financière de l’Autorité palestinienne illustre une dépendance structurelle née des accords d’Oslo, dans laquelle la principale source de revenus reste sous contrôle extérieur. Tant que ce mécanisme demeurera, la capacité de Ramallah à assurer les services de base restera suspendue à des décisions qui lui échappent.
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Source : Le Monde – lemonde.fr. Compléments : Euronews, Times of Israël, IsraelValley.