Le Pérou retient son souffle. Au lendemain du second tour de l’élection présidentielle du 8 juin 2026, le candidat de gauche Roberto Sanchez a pris une très légère avance sur sa rivale conservatrice Keiko Fujimori. Avec seulement quelques dixièmes de point d’écart et plusieurs centaines de milliers de votes encore contestés, l’issue du scrutin demeure incertaine dans un pays miné par l’instabilité politique et l’explosion de la criminalité.
Le résultat de l’élection présidentielle péruvienne pourrait ne pas être connu avant plusieurs jours. Selon les chiffres publiés le lundi 9 juin 2026 par l’Office national des processus électoraux (ONPE), le candidat de gauche Roberto Sanchez est passé en tête du second tour avec 50,1 % des suffrages exprimés, contre 49,9 % pour la candidate conservatrice Keiko Fujimori.
À ce stade du dépouillement, plus de 95 % des bulletins ont été comptabilisés, mais l’écart extrêmement réduit entre les deux candidats ne permet toujours pas de désigner un vainqueur. Les autorités électorales doivent encore examiner des procès-verbaux contestés représentant entre 400 000 et 450 000 votes, un processus susceptible de durer plusieurs jours.
« Nous sommes très confiants et optimistes », a déclaré Roberto Sanchez devant la presse, tout en appelant à attendre le décompte complet des bulletins. Quelques heures auparavant, Keiko Fujimori avait adopté un ton similaire, invitant ses partisans à faire preuve de « patience et sérénité » et promettant de respecter le verdict final des urnes.
Un pays profondément divisé entre deux visions opposées
Cette élection confirme une nouvelle fois les profondes fractures politiques et sociales qui traversent le Pérou.
D’un côté, Keiko Fujimori, 51 ans, figure incontournable de la droite péruvienne, brigue la présidence pour la quatrième fois consécutive. Héritière politique de son père, Alberto Fujimori, qui a dirigé le pays de 1990 à 2000, elle continue de revendiquer un bilan qu’elle considère comme positif en matière de croissance économique et de lutte contre les guérillas.
Mais cet héritage reste profondément controversé. Alberto Fujimori a été condamné pour corruption et crimes contre l’humanité, laissant une empreinte durable dans la société péruvienne.
Face à elle, Roberto Sanchez, 57 ans, ancien ministre et député, se présente pour la première fois à une élection présidentielle. Il bénéficie d’un fort soutien dans les régions andines rurales et indigènes, historiquement marginalisées par le pouvoir central installé à Lima.
Durant sa campagne, il est apparu régulièrement coiffé du célèbre chapeau paysan offert par Pedro Castillo, dont il revendique ouvertement l’héritage politique.
L’ombre de Pedro Castillo et la crise institutionnelle
La figure de Pedro Castillo continue de hanter la vie politique péruvienne.
L’ancien président est emprisonné depuis sa tentative de dissolution du Parlement en décembre 2022, une décision qui avait provoqué sa destitution immédiate et déclenché une grave crise politique.
Roberto Sanchez a promis que, s’il accédait à la présidence, il gracierait Pedro Castillo. Une promesse qui mobilise une partie importante de l’électorat populaire mais qui inquiète ses adversaires.
Le candidat de gauche tente toutefois de rassurer les milieux économiques et les partenaires internationaux. Au cours de la campagne, il a progressivement recentré son discours en mettant davantage l’accent sur le respect des institutions, la stabilité démocratique et le dialogue.
Dans un entretien accordé à l’AFP, il a également affirmé vouloir entretenir des relations « respectueuses » avec le président américain Donald Trump.
L’insécurité au cœur des préoccupations des électeurs
Si la crise politique domine les débats depuis plusieurs années, la sécurité est devenue la principale préoccupation des Péruviens.
Selon plusieurs enquêtes d’opinion citées pendant la campagne, près de 70 % des électeurs considèrent la lutte contre la criminalité comme la priorité absolue du prochain gouvernement.
Les chiffres illustrent cette inquiétude. La capitale, Lima, a enregistré environ 23 homicides pour 100 000 habitants en 2025, soit un taux trois fois supérieur à celui observé cinq ans plus tôt.
L’extorsion est également devenue un phénomène majeur. Le secteur des transports est particulièrement touché : au moins 75 chauffeurs de bus ont été assassinés depuis le début de l’année 2025, principalement dans la région de Lima.
Face à cette situation, les deux candidats proposent des approches radicalement différentes.
Keiko Fujimori souhaite déployer l’armée en soutien aux forces de police, démanteler les réseaux criminels et expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits.
Roberto Sanchez défend quant à lui une stratégie centrée sur le renforcement des institutions, la réforme de la police, l’amélioration du système judiciaire et la restauration de la confiance entre les citoyens et l’État.
Huit présidents depuis 2016 et un Parlement incontournable
Quel que soit le vainqueur final, le futur chef de l’État héritera d’un pays profondément instable.
Depuis 2016, le Pérou a déjà connu huit présidents différents, un record qui illustre les difficultés chroniques de gouvernance dans ce pays de près de 35 millions d’habitants.
Le Parlement péruvien, doté de pouvoirs particulièrement étendus, a joué un rôle central dans plusieurs crises institutionnelles récentes et a contribué à la chute de plusieurs chefs d’État.
Aucun des deux candidats ne disposera d’une majorité parlementaire à l’issue du scrutin. Le futur président devra donc composer avec un Congrès fragmenté et construire des alliances pour espérer gouverner jusqu’au terme de son mandat.
Pour l’analyste politique Paulo Vilca, de l’Institut d’études péruviennes, cette présidentielle révèle avant tout « la division du pays ». Selon lui, « quiconque l’emportera aura la moitié du pays contre lui ».
Un constat partagé par plusieurs observateurs. L’universitaire David Sulmont estime qu’une victoire obtenue avec un écart aussi faible pourrait rapidement fragiliser la légitimité du futur président et alimenter de nouvelles tensions politiques.
Le vainqueur de cette élection doit officiellement prendre ses fonctions le 28 juillet 2026. Mais avant cela, le Pérou devra d’abord connaître le verdict définitif d’un scrutin qui s’annonce comme l’un des plus serrés de son histoire récente.
Sources :
France 24
Le Monde
MaVille.com
Courrier international
