À la suite de l’affaire Lyhanna, une fillette de 11 ans retrouvée morte dans le Gers, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé une mesure exceptionnelle visant l’ensemble des juridictions françaises. Les procureurs généraux ont désormais jusqu’au 14 juillet 2026 pour reprendre l’intégralité des plaintes concernant des enfants victimes de violences ou d’infractions sexuelles. Une décision qui intervient dans un contexte de vives interrogations sur le traitement judiciaire de plusieurs signalements visant le principal suspect.
L’émotion suscitée par la mort de Lyhanna continue de provoquer des répercussions jusqu’au sommet de l’État. Dimanche 7 juin 2026, lors d’une intervention sur LCI, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé une mesure d’ampleur nationale destinée à répondre aux défaillances révélées par cette affaire : la révision de l’ensemble des plaintes impliquant des mineurs actuellement en cours de traitement ou en attente dans les juridictions françaises. Selon le garde des Sceaux, environ 70 000 dossiers sont concernés.
Cette décision intervient quelques jours après la découverte du corps de Lyhanna, une collégienne de 11 ans dont la disparition avait suscité une importante mobilisation. Le corps de la jeune fille a été retrouvé le 4 juin 2026 près de Fleurance, dans le Gers, avant d’être formellement identifié le lendemain grâce à une analyse ADN. Très rapidement, l’enquête s’est concentrée sur Jérôme Barella, principal suspect dans ce dossier. Or, plusieurs éléments ont fait émerger de sérieuses questions sur le traitement judiciaire antérieur de signalements le concernant. Selon les premières informations relayées par les autorités, le suspect avait déjà fait l’objet de plaintes et de signalements pour des faits graves impliquant des mineurs. Ces procédures n’auraient pas abouti avec la rapidité ou l’efficacité attendues, conduisant le ministre de la Justice à évoquer publiquement de « graves défaillances » dans le fonctionnement de la chaîne judiciaire. Face à l’indignation provoquée par ces révélations, Gérald Darmanin a convoqué l’ensemble des procureurs généraux de France à la Chancellerie le lundi 8 juin 2026. Lors de cette réunion, il leur a officiellement demandé de reprendre « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants » afin de vérifier que chaque dossier bénéficie d’un traitement approprié. L’objectif fixé est particulièrement ambitieux : achever cette revue nationale avant le 14 juillet prochain.
Le ministre a également tenu à afficher sa détermination en affirmant qu’il ne prendrait pas de congés avant d’avoir obtenu un bilan détaillé de chaque cour d’appel. Il a indiqué vouloir recevoir individuellement les procureurs généraux afin d’évaluer l’état des dossiers et d’identifier les éventuels dysfonctionnements. Au-delà de la seule affaire Lyhanna, cette initiative met en lumière une problématique plus large : celle du traitement judiciaire des violences commises contre les enfants. Depuis plusieurs années, magistrats, associations de protection de l’enfance et professionnels du secteur alertent régulièrement sur l’engorgement des juridictions et les délais parfois considérables observés dans certaines procédures sensibles. Les violences sexuelles sur mineurs figurent parmi les dossiers les plus complexes à instruire, nécessitant souvent de longues investigations et une coordination étroite entre les services de police, les parquets et les juges d’instruction.
Dans ce contexte, la décision du ministre est présentée comme une opération de contrôle exceptionnelle destinée à s’assurer qu’aucune situation à risque n’a été négligée. Le garde des Sceaux a d’ailleurs insisté sur le fait que le problème relevait moins d’un manque de textes ou de moyens juridiques que d’une question de priorisation des affaires impliquant des mineurs victimes. « Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois », a-t-il déclaré, estimant que certaines procédures n’avaient pas été traitées avec le niveau d’urgence nécessaire. Parallèlement, une enquête administrative a été engagée afin de déterminer précisément les responsabilités éventuelles dans le traitement du dossier lié au suspect principal de l’affaire Lyhanna. Les conclusions de cette inspection sont attendues dans les prochaines semaines et pourraient déboucher sur des sanctions individuelles si des manquements sont établis.
Cette séquence politique et judiciaire intervient également dans un climat de forte émotion populaire. Une marche blanche organisée à Fleurance a réuni plusieurs milliers de personnes venues rendre hommage à la jeune victime. Dans plusieurs villes, des rassemblements ont également été annoncés devant les tribunaux afin de dénoncer les insuffisances perçues dans la protection des enfants victimes de violences. À un peu plus d’un mois de l’échéance fixée par le ministère, l’ensemble de la magistrature est désormais placé sous pression. Le 14 juillet 2026 pourrait marquer un tournant dans l’évaluation nationale du traitement judiciaire des violences faites aux mineurs. Pour le gouvernement, l’enjeu est double : restaurer la confiance dans l’institution judiciaire et éviter qu’un drame similaire à celui de Lyhanna ne puisse se reproduire.
Sources :
- TF1 Info – 7 juin 2026 – Affaire Lyhanna : Darmanin donne aux procureurs “jusqu’au 14 juillet” pour “reprendre” les 70.000 plaintes impliquant des enfants – TF1 Info
- Le Dauphiné Libéré – 7 juin 2026 – Mort de Lyhanna : Darmanin ordonne une revue de 70 000 plaintes impliquant des enfants d’ici au 14 juillet – Le Dauphiné Libéré
- TF1 Info – 8 juin 2026 – Lyhanna : Darmanin écarte l’idée de démissionner, pointant un dysfonctionnement grave de la justice – TF1 Info (8 juin 2026)
- AFP / Boursorama – 8 juin 2026 – Lyhanna : Darmanin réunit les procureurs généraux, manifestations attendues devant les tribunaux – AFP via Boursorama
