Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a revendiqué une victoire « historique » à l’issue des élections législatives du 7 juin 2026, marquées par un score très serré mais suffisant pour assurer la majorité parlementaire à son parti. Avec 49,81 % des voix, le dirigeant consolide son pouvoir dans un pays toujours tiraillé entre rapprochement avec l’Europe et tensions persistantes avec la Russie.
À l’issue des élections législatives organisées le 7 juin 2026 en Arménie, le parti Contrat civil du Premier ministre Nikol Pachinian est arrivé en tête avec 49,81 % des suffrages, selon les résultats publiés par la Commission électorale centrale arménienne. Cette performance, bien que légèrement en dessous du seuil symbolique des 50 %, permet néanmoins au chef du gouvernement de conserver une majorité parlementaire d’un peu plus de 60 sièges sur les 105 que compte l’Assemblée nationale.
Dès la nuit du scrutin, Nikol Pachinian a salué une victoire qu’il a qualifiée d’« historique » devant ses partisans réunis à Erevan. « Les élections qui ont eu lieu le 7 juin ont donné la victoire à notre parti le Contrat civil. C’est une grande responsabilité et cela signifie que les citoyens arméniens se sont mobilisés pour leur indépendance, pour leur avenir et pour la paix », a-t-il déclaré, ajoutant : « Je vous aime tous et je suis fier de vous ».
L’opposition principale, incarnée par l’alliance Arménie forte dirigée par l’homme d’affaires Samvel Karapetian, a obtenu 23,29 % des voix, confirmant un rapport de force politique nettement déséquilibré en faveur du pouvoir sortant.
Une majorité suffisante mais politiquement contrainte
Si cette victoire assure la reconduction de Nikol Pachinian à son poste de Premier ministre qu’il occupe depuis la révolution de velours de 2018, elle reste néanmoins insuffisante pour lui permettre de modifier la Constitution. Or cette réforme est jugée essentielle dans le cadre du processus de paix avec l’Azerbaïdjan, signé à Washington en août 2025.
Le seuil des 60 sièges obtenu par son camp ne lui donne pas la marge nécessaire pour engager seul une révision constitutionnelle, condition exigée par Bakou pour finaliser l’accord. Dans un Parlement de 105 sièges, cette majorité fragile pourrait également compliquer les équilibres internes, notamment face à une opposition où plusieurs formations sont favorables à un maintien des liens étroits avec Moscou.
La participation électorale, estimée à près de 59 %, témoigne d’un scrutin suivi de près par une population encore marquée par la perte du Haut-Karabakh en 2023 et la guerre de 2020 contre l’Azerbaïdjan.
Un dirigeant issu de la contestation devenu pivot du basculement géopolitique arménien
Avant son arrivée au pouvoir en 2018, Nikol Pachinian s’est imposé dans le paysage politique arménien comme une figure de l’opposition issue du monde médiatique et militant. Ancien journaliste et éditorialiste, il dirige notamment le journal Haykakan Zhamanak, tribune critique du pouvoir en place, à une époque où la scène politique est dominée par les élites issues de l’ère post-soviétique.
Son parcours est marqué par une confrontation directe avec le système politique arménien des années 2000, avec plusieurs arrestations liées à son engagement oppositionnel. Mais c’est surtout dans la dynamique de la « révolution de velours » de 2018 qu’il s’impose comme acteur central, porté par une contestation populaire contre la corruption et la concentration du pouvoir.
Depuis son accession au poste de Premier ministre, Nikol Pachinian incarne un repositionnement stratégique majeur de l’Arménie. Longtemps dépendante de la Russie sur les plans sécuritaire et économique, Erevan engage sous son impulsion une diversification progressive de ses alliances, marquée par un rapprochement avec l’Union européenne et les États-Unis.
Ce réalignement s’inscrit dans un contexte régional profondément instable, accentué par la défaite militaire face à l’Azerbaïdjan en 2020 et la perte du Haut-Karabakh en 2023. Dans ce cadre, Pachinian apparaît désormais comme un acteur d’équilibre contraint, cherchant à réduire la dépendance historique envers Moscou tout en évitant une rupture frontale avec le Kremlin, qui conserve une influence déterminante dans le Caucase du Sud.
Un scrutin sous tension entre Russie et rapprochement occidental
Ces élections interviennent dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Depuis plusieurs années, Nikol Pachinian a engagé un rapprochement progressif avec l’Union européenne et les États-Unis, tout en s’éloignant de la Russie, allié historique de l’Arménie depuis plus de deux siècles.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué le résultat du scrutin dès le 8 juin 2026, affirmant que « l’UE est aux côtés de l’Arménie » et que le pays se rapproche « de plus en plus de l’Europe ». De son côté, le président français Emmanuel Macron a félicité une « large victoire » et exprimé sa volonté de poursuivre la coopération bilatérale.
Dans le même temps, Moscou continue d’exercer une pression politique et diplomatique sur Erevan, mettant en garde contre une trajectoire similaire à celle de l’Ukraine. Avant le scrutin, Nikol Pachinian avait toutefois assuré vouloir maintenir un équilibre diplomatique, déclarant qu’il entendait préserver des relations avec la Russie et que son premier déplacement international en cas de victoire serait une visite à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine.
Sources :
Toute l’Europe
RFI
Ouest-France
Le Parisien
