L’affaire qui a bouleversé la vie politique stéphanoise connaît un nouveau chapitre judiciaire. Condamné en première instance pour chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics, l’ancien maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, sera rejugé en appel à Lyon du 8 au 12 juin 2026. Ce procès très attendu pourrait définitivement sceller l’avenir politique de celui qui a longtemps dirigé la capitale ligérienne.
L’ancien maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, comparaît à nouveau devant la justice lyonnaise dans le cadre de l’affaire dite de la « sextape », l’un des plus importants scandales politico-judiciaires de ces dernières années en France. Le procès en appel est programmé du 8 au 12 juin 2026 devant la cour d’appel de Lyon, après une première condamnation particulièrement lourde prononcée en décembre 2025.
Pour comprendre les enjeux de cette nouvelle audience, il faut remonter à l’origine de l’affaire. Les premières révélations éclatent en septembre 2022 à la suite d’une enquête de Mediapart. Elles mettent en lumière un système présumé de chantage visant Gilles Artigues, ancien premier adjoint de la municipalité stéphanoise et rival politique potentiel de Gaël Perdriau. Selon les enquêteurs, une vidéo intime tournée à son insu dans une chambre d’hôtel parisienne en 2015 aurait été utilisée pendant plusieurs années comme moyen de pression politique. L’enquête judiciaire ouverte par le parquet de Lyon s’est progressivement élargie. Les magistrats ont cherché à déterminer si cette opération avait été organisée dans le but d’écarter un concurrent politique et si des fonds publics avaient été mobilisés pour financer certaines actions liées à cette stratégie. En mars 2025, le parquet de Lyon requiert officiellement le renvoi de Gaël Perdriau devant le tribunal correctionnel pour chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics.
Le procès de première instance s’ouvre le 22 septembre 2025 au tribunal correctionnel de Lyon. Pendant plusieurs jours, les audiences reviennent sur des enregistrements audio, des témoignages d’anciens collaborateurs et des flux financiers examinés par les enquêteurs. Les débats sont particulièrement tendus. Gaël Perdriau conteste l’ensemble des accusations et affirme n’avoir jamais organisé ni financé une quelconque opération de chantage.
Le 1er décembre 2025, le verdict tombe. Le tribunal considère l’ancien édile stéphanois comme « entièrement coupable » des faits reprochés. Il est condamné à cinq ans de prison, dont quatre ans ferme, assortis d’une peine de cinq ans d’inéligibilité avec effet immédiat. Plusieurs de ses proches collaborateurs sont également condamnés dans ce dossier devenu emblématique des dérives du pouvoir local.
Cette décision provoque un véritable séisme politique à Saint-Étienne. Après plus de dix ans à la tête de la ville, Gaël Perdriau voit sa carrière brutalement interrompue. La condamnation intervient alors que la campagne pour les élections municipales de 2026 est déjà engagée et que l’affaire domine depuis plusieurs années le débat public local. Refusant de reconnaître sa responsabilité, l’ancien maire décide rapidement de faire appel. Ses avocats dénoncent une lecture biaisée du dossier et estiment que les éléments retenus par le tribunal ne démontrent pas son implication directe dans les faits reprochés. De leur côté, les parties civiles considèrent au contraire que les preuves accumulées au cours de l’instruction et du procès sont accablantes.
En janvier 2026, Gaël Perdriau est incarcéré au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse à la suite de sa condamnation. Quelques semaines plus tard, la cour d’appel accepte toutefois sa remise en liberté sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès en appel. Cette décision lui impose plusieurs obligations, notamment des pointages réguliers auprès des autorités judiciaires.
Le nouveau procès qui s’ouvre à Lyon revêt donc une importance capitale. Pendant cinq jours, les magistrats de la cour d’appel devront réexaminer l’ensemble du dossier, entendre à nouveau les prévenus, les témoins et les parties civiles. L’objectif sera de déterminer si la condamnation prononcée en première instance doit être confirmée, aménagée ou annulée. Au-delà du sort personnel de Gaël Perdriau, cette affaire est devenue un symbole des tensions entre pouvoir politique local, stratégies d’influence et utilisation de la vie privée comme arme de déstabilisation. Depuis près de quatre ans, elle a profondément marqué l’image de Saint-Étienne et continue d’alimenter les débats sur l’éthique en politique. Le jugement en appel, attendu dans les prochaines semaines ou mois après les audiences, pourrait constituer l’épilogue judiciaire d’un dossier hors norme qui a durablement secoué la Loire et bien au-delà.
Sources :
- Le Monde – Affaire Perdriau : pourquoi le parquet requiert le renvoi devant la justice du maire de Saint-Étienne
- Le Monde – Affaire de la sextape : le procès à quitte ou double du maire de Saint-Étienne (22 septembre 2025)
- Le Progrès – Affaire de la sextape : le procès en appel programmé en juin (14 janvier 2026)
- Le Monde – Gaël Perdriau libéré sous contrôle judiciaire avant son procès en appel (4 mars 2026)
- Anticor – Audience affaire Perdriau devant la cour d’appel de Lyon (8-12 juin 2026)
