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Photo : @Wikimedia Commons

Députés LFI : des élus noirs portent plainte après la réception d’un courrier raciste inspiré de Tintin au Congo

Quatre députés LFI ont annoncé le dépôt d’une plainte après avoir reçu un courrier anonyme reprenant l’imagerie coloniale de Tintin au Congo. Les élus dénoncent une attaque raciste visant directement leur couleur de peau et alertent sur la multiplication des actes de haine à l’encontre des personnalités politiques noires en France. L’affaire intervient dans un contexte déjà marqué par plusieurs polémiques et enquêtes liées à des propos racistes visant des responsables politiques issus de la diversité.

Quatre députés noirs de La France insoumise (LFI) ont décidé de saisir la justice après avoir reçu un courrier anonyme à caractère raciste reprenant des références directes à l’album Tintin au Congo, œuvre publiée pour la première fois en 1931 par Hergé et régulièrement au cœur de débats sur les représentations coloniales et les stéréotypes raciaux. L’affaire, révélée au début du mois d’avril 2026, a suscité une vive réaction au sein du mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon et relancé le débat sur le racisme visant les élus de la République.

Les parlementaires visés sont les députés Danièle Obono, Carlos Martens Bilongo, Aly Diouara et Nadège Abomangoli. Selon les éléments communiqués par le groupe parlementaire, le document détournait une planche de Tintin au Congo en représentant les élus sous une forme jugée déshumanisante et héritée de l’imaginaire colonial. Le courrier comportait également plusieurs inscriptions assimilant les élus à des animaux et les présentant comme des individus « échappés du zoo de Beauval ».

Face à ces représentations, les parlementaires ont annoncé leur intention de porter plainte. Nadège Abomangoli a publiquement dénoncé une attaque visant non seulement les personnes concernées mais aussi l’ensemble des citoyens que ces élus représentent. Aly Diouara a pour sa part souligné que ce type de message s’inscrivait dans un climat de haine qu’il affirme subir depuis son arrivée à l’Assemblée nationale.

Un contexte marqué par plusieurs affaires récentes

Cette affaire ne surgit pas dans un vide politique. Depuis plusieurs années, plusieurs responsables politiques noirs affirment être la cible d’insultes ou de campagnes racistes sur les réseaux sociaux et par courrier. Danièle Obono avait déjà porté plainte en 2020 après la publication par le magazine Valeurs actuelles d’une fiction la représentant en esclave. L’affaire avait donné lieu à une condamnation judiciaire pour injure publique à caractère raciste. La députée rappelle régulièrement recevoir des messages similaires depuis son entrée en politique nationale en 2017.

Le groupe LFI établit également un lien entre ce nouvel épisode et les attaques visant récemment le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko. Élu à la tête de la commune, celui-ci a été visé par plusieurs commentaires jugés racistes et dégradants dans l’espace public et médiatique. Une enquête judiciaire a notamment été ouverte après des propos assimilés à des injures raciales. Pour les dirigeants de La France insoumise, ces événements ne peuvent être considérés comme des actes isolés. Dans un communiqué, le mouvement évoque un « continuum » de violences symboliques et de discriminations touchant les personnes noires et racisées dans le débat public français.

Pourquoi la référence à Tintin au Congo est particulièrement sensible

L’utilisation de Tintin au Congo dans ce courrier n’est pas anodine. Deuxième album des aventures de Tintin, publié à l’époque du Congo belge, l’ouvrage est depuis plusieurs décennies critiqué pour ses représentations paternalistes et stéréotypées des populations africaines. Plusieurs associations antiracistes, universitaires et intellectuels ont dénoncé au fil des années les caricatures raciales présentes dans l’album. Même si les juridictions belges ont refusé d’interdire sa commercialisation, considérant l’œuvre dans son contexte historique, le livre demeure l’un des symboles les plus fréquemment cités lorsque sont évoquées les représentations coloniales dans la culture européenne du XXe siècle. Dans le cas présent, les députés visés estiment que le détournement de cette iconographie vise explicitement à les renvoyer à une vision raciste héritée de l’époque coloniale. C’est précisément cet aspect qui fonde leur démarche judiciaire.

Selon plusieurs médias, une enquête a été ouverte afin d’identifier l’auteur ou les auteurs du courrier. Les investigations devront déterminer l’origine du document ainsi que les qualifications pénales susceptibles d’être retenues, notamment en matière d’injure ou de provocation à caractère raciste.

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