En Albanie, des milliers de manifestants défilent depuis plusieurs jours à Tirana contre un projet de tourisme de luxe porté par Ivanka Trump et son mari Jared Kushner sur l’île de Sazan. Surnommé la révolution des flamants roses, ce mouvement vise autant le clan Trump que le Premier ministre Edi Rama et la classe politique du pays. Selon France 24, la contestation traduit une remise en cause profonde du système albanais.
Le projet en cause concerne l’île de Sazan, une bande de terre de 5,7 km2 située à la frontière entre la mer Adriatique et la mer Ionienne, face à la côte italienne. Selon France 24, le gouvernement albanais a donné fin 2024 un feu vert préliminaire à Ivanka Trump et Jared Kushner pour transformer ce site en destination touristique pour ultrariches, avec la construction de plus de 1 000 logements de luxe.
Le quotidien britannique The Guardian a été le premier média à enquêter sur cet achat, en juin 2025. L’île, vestige militaire de la Guerre froide, avait jusqu’ici échappé à la vague d’investissements touristiques du littoral albanais. Elle abrite plus de 200 flamants roses, dans l’une des dernières zones humides de ce type en Europe, selon le politologue Juljan Myftari, cité par France 24.
Un flamant rose devenu symbole
La colère populaire a pris de l’ampleur fin mai, après l’érection d’une barrière et l’installation d’une société de sécurité privée sur le site. Le flamant rose s’est imposé comme l’emblème d’un mouvement baptisé sur les réseaux sociaux la Flamingo Revolution, avec pour mot d’ordre la formule : notre pays n’est pas à vendre.
Pour le sociologue Gëzim Alpion, de l’université de Birmingham, interrogé par France 24, l’affaire réveille de vieux traumatismes liés au démembrement historique du territoire albanais. Plusieurs experts soulignent que la procédure entourant le projet, marquée par des changements législatifs fin 2024, a permis d’exploiter à des fins touristiques des zones jusque-là protégées.
X-Pression Academy
Formez-vous au journalisme augmenté par l’IA
Maîtrisez les outils d’intelligence artificielle pour gagner en autonomie, en créativité et en qualité éditoriale.
Un ras-le-bol contre les élites
Au-delà de l’enjeu environnemental, les manifestants dénoncent un système jugé corrompu, où les actifs publics profiteraient à une petite élite. Selon le spécialiste Klevis Kolasi, les arrangements avec la famille Trump sont devenus le symbole d’une longue liste de scandales. Le mouvement réclame le départ à la fois du Premier ministre Edi Rama et du principal opposant Sali Berisha.
Le politologue Florian Çullhaj rappelle que, depuis 2013, le pouvoir a renforcé son contrôle sur la plupart des contre-pouvoirs et institutions. Edi Rama serait entré dans une logique de confrontation, affirmant que le projet se poursuivra tant qu’il restera au pouvoir. Les experts évoquent le précédent des violentes manifestations de 1997, déclenchées par l’effondrement de plusieurs pyramides financières.
Pour l’heure circonscrit à quelques jours de mobilisation, le mouvement pourrait devenir plus menaçant si les revendications environnementales convergent avec la contestation d’un pouvoir perçu comme oligarchique. Selon les analystes interrogés, même un abandon du projet de tourisme de luxe ne suffirait peut-être plus à apaiser la révolution des flamants roses.