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Photo : @SHVETS production / Pexels

Vaccin contre le cancer : ONCOLille mise sur l’intelligence artificielle pour accélérer la médecine personnalisée

À Lille, l’institut ONCOLille s’impose progressivement comme l’un des pôles français les plus ambitieux dans la lutte contre le cancer. En associant biologie, mathématiques, informatique et intelligence artificielle, les chercheurs espèrent mieux comprendre les mécanismes de résistance des tumeurs et contribuer à l’émergence de vaccins thérapeutiques personnalisés. Une stratégie qui s’inscrit dans une dynamique mondiale où l’IA devient un outil central de la cancérologie de précision.

L’idée d’un vaccin contre le cancer relevait encore récemment de la science-fiction pour le grand public. Pourtant, depuis plusieurs années, la recherche avance à grands pas dans ce domaine. Contrairement aux vaccins préventifs classiques, comme ceux contre le papillomavirus humain (HPV), les vaccins thérapeutiques contre le cancer ont pour objectif d’aider le système immunitaire à reconnaître et à détruire les cellules tumorales déjà présentes dans l’organisme.

Dans cette course mondiale à l’innovation, l’Institut de recherches interdisciplinaires en cancérologie de Lille, ONCOLille, entend jouer un rôle majeur. Créé officiellement le 1er janvier 2020, l’institut rassemble l’Université de Lille, le CHU de Lille, l’Inserm, le CNRS, le Centre Oscar Lambret et plusieurs acteurs de référence de la recherche biomédicale régionale. Son ambition est claire : rapprocher chercheurs et cliniciens afin de transformer plus rapidement les découvertes scientifiques en solutions concrètes pour les patients.

Au cœur de cette stratégie figure l’intelligence artificielle. Depuis sa création, ONCOLille développe une approche profondément interdisciplinaire mêlant biologie, bio-informatique, mathématiques, physique, technologies de santé et sciences humaines. Cette organisation permet d’exploiter des volumes massifs de données biologiques afin d’identifier de nouveaux mécanismes impliqués dans l’apparition, la progression et surtout la résistance des cancers aux traitements.

L’enjeu est considérable. Malgré les progrès des thérapies ciblées et de l’immunothérapie, de nombreuses tumeurs finissent par développer des mécanismes d’échappement. Certaines cellules cancéreuses entrent dans un état de dormance, résistent aux traitements puis réapparaissent plusieurs mois ou années plus tard sous forme de récidive. Cette résistance thérapeutique constitue justement le principal axe de recherche d’ONCOLille. Pour relever ce défi, l’institut s’appuie de plus en plus sur les outils d’intelligence artificielle. En novembre 2025, une équipe associée à ONCOLille et au laboratoire CANTHER a ainsi démontré l’intérêt des approches mathématiques et informatiques basées sur l’IA pour décrypter les réseaux de régulation responsables de certaines formes de cancer du poumon. Les chercheurs ont réussi à identifier de nouvelles vulnérabilités biologiques susceptibles de devenir des cibles thérapeutiques.

Cette utilisation de l’IA trouve également un écho direct dans le développement des vaccins thérapeutiques contre le cancer. Depuis 2020, plusieurs essais cliniques menés en France et à l’international démontrent le potentiel des vaccins personnalisés conçus à partir des caractéristiques génétiques propres à chaque tumeur. Le vaccin expérimental TG4050, développé par la biotech française Transgene avec le soutien des technologies d’intelligence artificielle du groupe japonais NEC, en est l’un des exemples les plus avancés.

Le principe repose sur l’identification des mutations spécifiques présentes dans la tumeur d’un patient. Grâce au séquençage génétique et à des algorithmes d’intelligence artificielle, les chercheurs sélectionnent les néoantigènes les plus susceptibles de déclencher une réponse immunitaire efficace. Un vaccin totalement personnalisé est ensuite conçu afin d’apprendre au système immunitaire à reconnaître et éliminer les cellules cancéreuses résiduelles.

Les premiers résultats observés dans les essais cliniques sont particulièrement encourageants. Des études menées notamment à l’Oncopole de Toulouse ont montré une forte activation du système immunitaire chez les patients traités, avec des données préliminaires suggérant une diminution du risque de rechute pour certains cancers ORL. En mai 2024, la phase II de l’essai clinique a d’ailleurs débuté avec l’inclusion d’un premier patient, marquant une nouvelle étape dans le développement de cette approche thérapeutique.

Si ONCOLille ne pilote pas directement ces essais vaccinaux, l’institut lillois développe les briques scientifiques qui pourraient accélérer l’émergence de telles solutions dans les années à venir. Lors des ONCOLille Days organisés en novembre 2025, plusieurs sessions ont d’ailleurs été consacrées à la modélisation mathématique, à l’intelligence artificielle appliquée à la persistance tumorale et à la médecine personnalisée. Ces travaux visent à comprendre pourquoi certaines cellules survivent aux traitements et comment les rendre à nouveau vulnérables aux défenses immunitaires.

À Lille, ONCOLille fait le pari que l’intelligence artificielle permettra non seulement d’accélérer la découverte de nouvelles cibles thérapeutiques, mais aussi d’améliorer la conception de vaccins toujours plus précis et adaptés à chaque patient. Une perspective qui pourrait transformer durablement la prise en charge du cancer dans les prochaines années, en faisant progressivement évoluer la médecine vers des traitements entièrement personnalisés, conçus à partir de la biologie unique de chaque tumeur.

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