La Russie pourrait ouvrir un nouveau front contre les pays occidentaux, cette fois sur le terrain du droit international. Dans un rapport publié le 4 juin 2026, le service de renseignement letton affirme que Moscou prépare une stratégie de « guerre juridique » visant notamment les États baltes. Selon Riga, le Kremlin chercherait à utiliser les institutions internationales pour diffuser ses arguments, contester les sanctions occidentales et accroître sa pression politique sur les membres de l’OTAN.
Dans un rapport consulté par l’AFP et relayé le 4 juin 2026 par plusieurs médias européens, le Bureau de protection de la Constitution de Lettonie (SAB) estime que la Russie s’apprête à engager une offensive diplomatique et judiciaire contre plusieurs États occidentaux.
Selon les services lettons, Moscou serait sur le point de saisir la Cour internationale de Justice contre les trois pays baltes : Estonie, Lettonie et Lituanie.
La justification avancée porterait officiellement sur une prétendue « discrimination à l’égard des Russes et des russophones vivant dans ces pays ». Un argument particulièrement sensible puisque le président russe Vladimir Poutine avait déjà utilisé une rhétorique similaire lors de l’annexion de la Crimée et d’une partie du Donbass en 2014, puis au moment du déclenchement de l’invasion de l’Ukraine en février 2022.
Une stratégie d’influence à travers le droit international
Le rapport du SAB décrit cette approche comme une forme de « guerre juridique », ou lawfare, consistant à instrumentaliser les institutions judiciaires, les normes internationales et les procédures légales afin de servir des objectifs géopolitiques.
Les services de renseignement lettons affirment que les autorités russes ont, depuis un an, « actualisé leurs plans et leurs missions visant à mener une guerre juridique à grande échelle au niveau international ».
« Bien que le recours à la guerre juridique ne soit pas une nouveauté dans l’arsenal russe, il a jusqu’à présent surtout été utilisé pour cibler l’Ukraine », souligne le rapport. Désormais, selon Riga, la Russie considère que « l’arène juridique est l’un des axes de confrontation active et directe avec les pays occidentaux ».
Les experts russes auraient notamment étudié plusieurs précédents internationaux, dont la plainte déposée par l’Iran contre les États-Unis devant la CIJ en 2016 concernant les sanctions économiques et le gel d’avoirs financiers iraniens.
Les sanctions occidentales également concernées
Au-delà du dossier balte, le renseignement letton estime que Moscou pourrait rapidement engager des recours internationaux liés aux sanctions imposées depuis l’invasion de l’Ukraine.
« Il est presque certain que la Russie envisage la possibilité de déposer des recours juridiques sur des questions liées aux sanctions », affirme le SAB.
Depuis 2022, la Russie fait face à plusieurs milliers de mesures restrictives adoptées par les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada ou encore l’Australie. Ces sanctions touchent des secteurs stratégiques de l’économie russe, des banques, des entreprises énergétiques ainsi que des centaines de personnalités proches du pouvoir.
Une bataille judiciaire mais aussi médiatique
Pour les autorités lettones, l’objectif du Kremlin ne serait pas nécessairement de remporter ces procédures.
Le rapport souligne que le simple dépôt de plaintes devant les juridictions internationales permettrait déjà à Moscou de donner une visibilité mondiale à ses arguments. Selon le SAB, la Russie estime qu’une requête devant la CIJ « permettrait aux récits de propagande et de discrédit sur les États baltes de se diffuser largement ».
Les services lettons vont plus loin en avertissant que ces démarches pourraient servir à justifier de futures actions plus agressives.
« Moscou pourrait utiliser des arguments juridiques comme prétexte et justification pour intensifier ses activités agressives ou provoquer une confrontation potentielle avec l’OTAN », prévient le rapport.
Des tensions croissantes autour des minorités russophones
Cette alerte intervient dans un contexte de détérioration continue des relations entre Moscou et les pays baltes.
Depuis leur indépendance en 1991 après la chute de l’Union soviétique, l’Estonie et la Lettonie abritent d’importantes communautés russophones. En Lettonie, elles représentent encore près d’un quart de la population, tandis qu’en Estonie elles sont particulièrement concentrées dans les régions frontalières avec la Russie.
Ces minorités sont régulièrement au cœur des tensions diplomatiques entre Moscou et les gouvernements baltes. Les autorités occidentales craignent depuis plusieurs années que le Kremlin exploite ces divisions internes pour déstabiliser des pays qui sont aujourd’hui membres à la fois de l’OTAN et de l’Union européenne.
Dans le contexte de la guerre en Ukraine et du renforcement militaire de l’Alliance atlantique sur son flanc oriental, les inquiétudes des capitales baltes concernant les intentions russes demeurent particulièrement élevées.
Sources :
Le Figaro
7sur7
20 Minutes
