Le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, multiplie les mises en garde sur l’état de préparation des forces françaises dans un contexte international de plus en plus tendu. Entre déficit de masse, besoins en munitions et capacités navales jugées insuffisantes, le plus haut responsable militaire français a estimé mi-mai que la France doit accélérer son adaptation à un possible conflit de haute intensité. Un diagnostic qui intervient alors que les tensions avec la Russie et les incertitudes stratégiques mondiales continuent de remodeler les priorités de défense européennes.
Depuis sa prise de fonctions à la tête des armées françaises en septembre 2025, le général Fabien Mandon a choisi un ton particulièrement direct concernant l’état des capacités militaires françaises. Dans plusieurs interventions publiques et auditions parlementaires, le chef d’état-major des armées a dressé un constat exigeant : la France dispose d’une armée professionnelle reconnue pour sa qualité opérationnelle, mais dont le format et les moyens pourraient être mis à rude épreuve dans un conflit majeur et prolongé.
Cette inquiétude s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par le retour des affrontements de haute intensité en Europe, conséquence directe de la guerre en Ukraine et du renforcement militaire observé en Russie. Devant les députés de la commission de la Défense en avril 2026, Fabien Mandon a ainsi rappelé que la perspective d’une « guerre ouverte » avec la Russie demeurait sa « préoccupation première » en matière de préparation des armées françaises. Selon lui, la menace russe continue de peser durablement sur la sécurité du continent européen et impose une montée en puissance des capacités de défense nationales.
Au-delà du seul risque russe, le général Mandon insiste sur une transformation profonde de l’environnement stratégique mondial. Les armées occidentales doivent désormais se préparer à des conflits plus longs, plus complexes et plus exigeants en ressources. Dans ce cadre, il estime que la France ne peut plus uniquement miser sur la qualité de ses équipements ou l’excellence de ses militaires. La question de la masse, longtemps reléguée au second plan après la fin de la Guerre froide, revient au cœur des réflexions stratégiques.
L’une de ses alertes les plus remarquées concerne les capacités navales françaises. Lors de la Conférence navale de Paris organisée début 2026, le chef d’état-major a estimé que la Marine nationale pourrait rencontrer des difficultés importantes en cas d’affrontement de grande ampleur. Selon lui, la France manque encore de bâtiments et de stocks de munitions adaptés à un conflit naval intense. Il a également souligné que les évolutions technologiques, notamment les drones maritimes, les capacités spatiales et les nouveaux moyens de détection, modifient profondément les règles du combat en mer. Il a affirmé que “le décrochage est possible” mi-mai à la commission des Finances au Sénat.
Le général Mandon considère notamment que les océans deviennent progressivement des espaces plus transparents et plus contestés. Les progrès réalisés dans les domaines du renseignement, du spatial ou encore de l’intelligence artificielle réduisent les marges de manœuvre traditionnelles des marines militaires. Dans ce contexte, il plaide pour une augmentation du nombre de frégates, de sous-marins et de capacités de frappe à longue portée. Selon lui, la supériorité technologique ne peut plus compenser à elle seule un déficit de volume.
Cette réflexion dépasse largement le cadre naval. Fabien Mandon évoque régulièrement la nécessité pour la France de conserver un « modèle d’armée complet », capable d’intervenir sur l’ensemble du spectre des opérations militaires. Or, maintenir simultanément des forces terrestres, aériennes, navales, cybernétiques et nucléaires représente un défi budgétaire considérable. Le chef d’état-major souligne que plusieurs partenaires européens consacrent désormais davantage de ressources financières à leur défense, ce qui pourrait à terme créer un écart capacitaire avec la France si l’effort national n’est pas maintenu.
Face à ces défis, le général a défini plusieurs priorités stratégiques. La première consiste à préparer les armées à être « durement testées » dans les années à venir. La deuxième vise à renforcer la souveraineté européenne en matière de défense. Enfin, la troisième concerne la consolidation des forces morales de la nation, un aspect qu’il juge essentiel dans une période où les conflits hybrides, les campagnes de désinformation et les pressions géopolitiques se multiplieraient.
L’arrivée de Fabien Mandon à la tête des armées marque également une évolution symbolique. Ancien pilote de chasse et premier aviateur à accéder à cette fonction depuis près de trois décennies, il hérite d’une institution confrontée à des défis majeurs. Son prédécesseur, le général Thierry Burkhard, avait déjà alerté sur le retour possible d’un conflit de haute intensité en Europe. Mandon poursuit aujourd’hui cette ligne en mettant davantage l’accent sur les moyens concrets nécessaires pour faire face à une dégradation rapide de l’environnement stratégique.
Au fil de ses interventions, le message demeure constant : l’armée française conserve un haut niveau de compétence opérationnelle, mais elle doit désormais gagner en profondeur, en endurance et en volume. Une évolution qui implique des choix budgétaires, industriels et politiques majeurs dans les années à venir. Pour le chef d’état-major, la préparation au pire n’est plus une hypothèse théorique mais une nécessité stratégique imposée par l’évolution du monde contemporain.
Sources :
- Ministère des Armées – Face à un monde plus dur, les trois priorités du chef d’état-major des armées – 5 novembre 2025
- CNews – L’alerte du chef d’état-major des armées sur les capacités de la Marine en cas de conflit – 6 février 2026
- LCP Assemblée nationale – Une guerre ouverte avec la Russie reste ma préoccupation première – 9 avril 2026
- IFRI – Discours de Fabien Mandon à la Conférence navale de Paris 2026 – 4 février 2026
- Le Monde – À la tête des armées, un nouveau duo de généraux parés pour l’échéance de 2027 – 23 juillet 2025
