Valorisée à plus de 300 milliards de dollars, Palantir est devenue l’une des entreprises technologiques les plus influentes des États-Unis. Entre contrats militaires, outils d’analyse de données massives et proximité avec les cercles du pouvoir à Washington, la société fondée par Peter A. Thiel et dirigée par Alex Karp suscite de vives controverses. Son expansion sous la présidence de Donald Trump relance les débats sur la surveillance, les libertés publiques et le rôle politique des géants de la Silicon Valley.
Créée en 2003 dans le contexte de l’après-11 septembre, Palantir s’est construite autour d’une promesse ambitieuse : permettre aux gouvernements et aux grandes organisations de donner du sens à des volumes gigantesques de données. L’entreprise développe des logiciels capables de relier et d’analyser des informations provenant de sources multiples (textes, images, vidéos, données administratives ou encore renseignements opérationnels) afin d’aider à la prise de décision. Cette spécialisation dans le traitement du « big data » a rapidement attiré l’attention des services de renseignement américains, notamment de la CIA qui a soutenu ses débuts par l’intermédiaire de son fonds d’investissement In-Q-Tel.
Vingt-trois ans plus tard, la société est devenue l’un des acteurs les plus puissants de la technologie américaine. En 2025, son chiffre d’affaires atteignait 4,8 milliards de dollars, tandis que sa valorisation dépassait les 300 milliards de dollars. Une croissance spectaculaire alimentée par l’augmentation continue du nombre de clients et par une présence toujours plus forte auprès des administrations publiques américaines. Plus de la moitié de ses revenus proviennent désormais de contrats gouvernementaux, tandis que les États-Unis représentent les trois quarts de son activité mondiale. La France constitue son troisième marché international, derrière le Royaume-Uni.
Cette réussite économique s’inscrit dans un écosystème particulièrement dense. Palantir collabore avec les principaux fournisseurs de cloud américains, s’appuie sur des partenariats avec des acteurs majeurs de l’intelligence artificielle comme Anthropic et OpenAI et travaille également avec des cabinets de conseil internationaux pour déployer ses solutions auprès de grands groupes privés et publics.
Dans le domaine de la défense, ses liens avec l’industrie militaire américaine se sont renforcés au fil des années, notamment à travers des coopérations avec des entreprises spécialisées dans les systèmes d’armement avancés. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a toutefois marqué une nouvelle étape dans l’ascension de l’entreprise. Depuis les élections de 2024, Palantir a vu ses contrats fédéraux progresser fortement. Selon les chiffres communiqués par la société, les revenus générés auprès des agences gouvernementales américaines ont connu une croissance spectaculaire, portée notamment par les secteurs de la défense et du renseignement.
L’un des symboles de cette montée en puissance est le système Maven. Cet outil permet de fusionner d’importants volumes de données issues de capteurs, de systèmes radar, de communications ou encore de réseaux sociaux afin d’identifier et de prioriser des cibles militaires. Son intégration à long terme dans les forces armées américaines illustre la place centrale qu’occupent désormais les technologies développées par Palantir dans les opérations militaires contemporaines.
Les critiques soulignent cependant les risques liés à l’automatisation croissante des décisions de ciblage et aux possibles erreurs générées par les systèmes reposant sur l’intelligence artificielle. Au-delà du champ militaire, l’entreprise est également présente dans de nombreux services administratifs fédéraux. Ses logiciels sont utilisés par des administrations fiscales, des agences de contrôle ou encore des organismes chargés de la gestion des politiques publiques.
Cette omniprésence nourrit les inquiétudes d’associations de défense des droits humains et de la vie privée. Plusieurs organisations dénoncent le risque qu’une concentration massive de données personnelles au sein de plateformes uniques facilite des pratiques de surveillance à grande échelle. Les critiques se concentrent particulièrement sur la collaboration de Palantir avec l’ICE, l’agence américaine chargée du contrôle de l’immigration.
Les technologies de l’entreprise sont utilisées pour analyser et recouper des informations permettant d’identifier et de localiser des personnes visées par des procédures d’expulsion. Cette coopération fait l’objet de contestations récurrentes depuis plusieurs années et s’est intensifiée avec le durcissement de la politique migratoire américaine.
Parallèlement à son développement commercial, Palantir a renforcé son influence politique à Washington. Peter Thiel, cofondateur de l’entreprise, figure depuis longtemps parmi les soutiens les plus influents de Donald Trump dans le secteur technologique. Les relations entre les dirigeants de Palantir et l’administration américaine se traduisent également par un important phénomène de « portes tournantes », avec de nombreux passages entre des postes gouvernementaux stratégiques et des fonctions au sein de l’entreprise. Plusieurs anciens responsables fédéraux ont rejoint Palantir, tandis que d’anciens cadres du groupe occupent désormais des postes clés dans l’administration.
Cette proximité avec le pouvoir s’accompagne d’investissements politiques significatifs. Les dirigeants de l’entreprise ont contribué à différentes campagnes électorales et à plusieurs structures de soutien au président américain. Palantir a également multiplié ses activités de lobbying afin de défendre ses intérêts auprès des institutions fédérales.
Les controverses entourant la société dépassent toutefois le seul cadre institutionnel. Plusieurs observateurs pointent les positions idéologiques de certains de ses dirigeants, notamment Peter Thiel, figure du courant libertarien américain. Des interventions publiques, participations à des conférences conservatrices et prises de position sur les questions culturelles ou géopolitiques ont contribué à associer Palantir à une partie de la droite radicale internationale.
Face à ces controverses, plusieurs acteurs institutionnels ont commencé à prendre leurs distances. Des fonds d’investissement européens se sont désengagés du capital de l’entreprise, invoquant notamment des préoccupations liées aux droits humains et aux activités de Palantir dans certaines zones de conflit. Dans le même temps, des organisations de la société civile réclament davantage de transparence sur l’utilisation des technologies développées par le groupe ainsi que sur leurs conséquences pour les libertés individuelles.
Malgré ces critiques, Palantir poursuit son expansion. Ses logiciels sont aujourd’hui utilisés aussi bien par des administrations que par de grandes entreprises des secteurs bancaire, énergétique, pharmaceutique ou industriel. Cette diversification lui permet de consolider un modèle économique fondé sur l’exploitation et l’analyse de données à très grande échelle. Un modèle qui, pour ses détracteurs, brouille de plus en plus la frontière entre puissance économique, influence politique et capacités de surveillance.
Sources :Observatoire des multinationales – Palantir, la Big Tech au cœur de l’administration Trump – 3 juin 2026 –
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