Le sénateur indépendant du Vermont et contributeur de l’agenda 2030, Bernie Sanders a relancé le débat sur la propriété des données utilisées pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle. Dans un discours prononcé au Sénat le 2 juin 2026, il accuse les géants technologiques d’avoir bâti leur puissance sur le travail créatif de millions de personnes sans compensation. Son projet de loi prévoit la création d’un fonds souverain destiné à faire bénéficier l’ensemble de la population des profits générés par l’IA.
L’intelligence artificielle est souvent présentée comme la prochaine révolution économique mondiale. Pour Bernie Sanders, elle représente surtout un immense défi de justice sociale. Le sénateur américain a profité d’une intervention remarquée au Sénat, relayée sur les réseaux sociaux, pour dénoncer ce qu’il considère comme une appropriation massive du travail humain par les grandes entreprises technologiques.
Selon lui, les systèmes d’IA générative reposent sur une ressource collective constituée au fil des générations. Livres, articles de presse, œuvres artistiques, recherches scientifiques, logiciels, vidéos, images ou encore conversations publiques auraient servi à construire les modèles aujourd’hui développés par des entreprises commeOpenAI, Google, Anthropic ou Meta.
Pour Sanders, ces contenus constituent « l’intelligence collective humaine » et leur exploitation à grande échelle aurait permis l’émergence d’un secteur économique potentiellement parmi les plus rentables de l’histoire moderne. Le sénateur estime que les créateurs de ces contenus n’ont reçu ni reconnaissance ni compensation à la hauteur de leur contribution.
Un fonds souverain financé par les géants de l’IA
Afin de répondre à cette situation, Bernie Sanders prépare une proposition législative baptisée « American AI Sovereign Wealth Fund Act ». Le texte vise à instaurer un mécanisme inédit aux États-Unis.
Plutôt qu’un impôt traditionnel sur les bénéfices, le projet prévoit un prélèvement exceptionnel équivalant à 50 % des actions des plus grandes entreprises américaines spécialisées dans l’intelligence artificielle. Cette mesure permettrait au gouvernement fédéral d’acquérir une participation directe dans ces sociétés.
L’objectif affiché ne se limite pas à la redistribution financière. L’État obtiendrait également des droits de vote et une représentation au sein de la gouvernance des entreprises concernées. Selon Sanders, cette présence publique permettrait de bloquer certaines décisions jugées contraires à l’intérêt général et d’orienter le développement de l’IA vers des objectifs plus favorables à la population.
Le fonds souverain fonctionnerait alors comme un véhicule d’investissement collectif. Les dividendes et les plus-values issus de la croissance du secteur pourraient être redistribués aux citoyens ou réinvestis dans des politiques publiques.

L’IA comparée à une ressource naturelle
Au cœur de l’argumentaire du sénateur figure une comparaison particulièrement marquante. Sanders considère les données ayant servi à entraîner les modèles d’intelligence artificielle comme une ressource publique d’une valeur supérieure au pétrole ou à d’autres richesses naturelles.
Dans cette logique, lorsque la matière première provient de la société dans son ensemble, les bénéfices issus de son exploitation devraient également revenir à la collectivité. Cette vision rompt avec l’approche dominante de la Silicon Valley, fondée sur la propriété privée des technologies et sur la libre concurrence comme moteur principal de l’innovation.
Un débat déjà alimenté par les procédures judiciaires
L’intervention de Bernie Sanders intervient alors que plusieurs acteurs de l’IA font face à des contestations juridiques concernant l’utilisation de contenus protégés par le droit d’auteur. Des auteurs, artistes, médias et détenteurs de droits reprochent à certaines entreprises d’avoir utilisé leurs œuvres pour entraîner des modèles sans autorisation préalable.
Ces procédures nourrissent une question devenue centrale dans le débat mondial sur l’intelligence artificielle : les données d’entraînement constituent-elles un simple matériau accessible à tous ou un actif dont les créateurs doivent être rémunérés ?
Une proposition qui divise
Sans surprise, l’initiative du sénateur suscite déjà de vives réactions. Les défenseurs du libre marché estiment qu’une telle mesure s’apparenterait à une forme de nationalisation partielle du secteur technologique. Certains juristes pourraient également soulever des interrogations constitutionnelles concernant une acquisition forcée d’actions privées par l’État.
D’autres observateurs craignent qu’un encadrement trop lourd ne réduise la capacité des États-Unis à conserver leur avance technologique face à la concurrence internationale, notamment celle de la Chine.
À l’inverse, de nombreux créateurs, syndicats et mouvements progressistes voient dans cette proposition une tentative de répondre à la concentration croissante des richesses générées par l’intelligence artificielle. Pour eux, l’automatisation et les gains de productivité issus de l’IA ne doivent pas profiter exclusivement à une minorité d’actionnaires.
Au-delà du texte lui-même, le projet de Sanders illustre l’émergence d’un débat qui devrait marquer les prochaines années : celui du partage de la valeur créée par l’intelligence artificielle. Entre contrôle démocratique des technologies et défense de l’innovation privée, la bataille politique autour de l’IA entre dans une nouvelle phase.
Sources :
- Réseau social X – Publication de Bernie Sanders du 2 juin 2026.
- Discours de Bernie Sanders au Sénat des États-Unis, 2 juin 2026.