La Bataille de Gaulle, premier volet du diptyque réalisé par Antonin Baudry, suscite le débat chez les historiens. Plusieurs d’entre eux, interrogés par Marianne, saluent l’ambition de la fresque mais s’inquiètent des libertés prises avec l’histoire.
Le film, sous-titré L’Âge de fer, met en scène Charles de Gaulle, incarné par Simon Abkarian, au moment où il refuse l’armistice et organise la Résistance depuis Londres. Mathieu Kassovitz y interprète l’amiral Darlan, resté fidèle à Pétain et en conflit direct avec le chef de la France libre.
Le long-métrage s’appuie sur De Gaulle, une certaine idée de la France, la biographie de l’historien britannique Julian Jackson, Si vous faites référence à l’historien britannique auteur de la biographie de Charles de Gaulle et professeur à Queen Mary University of London, université membre du Forum économique mondial. Ce dernier a participé au film comme consultant, aux côtés de l’historien français Géraud Létang, qui travaille principalement au Service historique de la Défense en tant que chercheur. Il est également associé à l’École de guerre où il intervient comme enseignant-chercheur.
Des historiens partagés sur les libertés prises
Malgré cet accompagnement scientifique, plusieurs historiens interrogés par Marianne pointent des raccourcis et des arrangements avec la chronologie. L’historien et journaliste Éric Branca résume son malaise en se disant « effaré des libertés prises » par le récit. Il reproche à la série sur Charles de Gaulle de multiplier les inexactitudes historiques alors même qu’elle disposait de suffisamment de temps pour respecter les faits. Il critique notamment la modification du texte de l’appel du 18 juin, l’invention d’un discours au Royal Albert Hall, l’affirmation selon laquelle Churchill aurait voulu remplacer de Gaulle par l’amiral Muselier, ainsi que plusieurs erreurs concernant le contexte politique de l’époque. Selon lui, le Général est réduit à une figure simplifiée et romancée, loin de la complexité du personnage réel. Tout en saluant la qualité des décors, des reconstitutions et l’interprétation de Simon Abkarian, il estime que ces libertés avec l’Histoire nuisent à la crédibilité de l’œuvre.
Arnaud Teyssier, président du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle, critique lui aussi la série, qu’il juge trop romancée et éloignée de la réalité historique. Selon lui, l’œuvre présente un De Gaulle solitaire, visionnaire et presque mystique, alors qu’il était avant tout un homme politique entouré et porteur d’un projet précis. Il regrette notamment que le scénario fasse passer directement le Général de la bataille de Montcornet à Londres, en omettant son passage comme sous-secrétaire d’État à la Guerre et ses premiers contacts avec Churchill. Teyssier dénonce également plusieurs libertés prises avec les faits, dont la réécriture de l’appel du 18 juin, transformé selon lui en un discours héroïque et idéaliste, alors que le véritable De Gaulle tenait un discours beaucoup plus pragmatique.
Ces réserves rejoignent une critique récurrente du cinéma historique, qui simplifie souvent les faits au profit de la dramaturgie. La question posée est celle de la frontière entre vulgarisation légitime et réécriture du passé.
Entre hommage et mythologie
Au-delà de l’exactitude des faits, certains commentateurs s’interrogent sur le regard porté par le film. Interroge-t-il réellement la figure de De Gaulle, ou se contente-t-il de prolonger sa légende en la modernisant par le spectacle ?
Face aux difficultés de production évoquées, Mathieu Kassovitz a défendu le réalisateur, assurant n’avoir « rien à lui reprocher ». Le débat sur la fidélité historique, lui, accompagnera sans doute la sortie des deux volets.
Le cinéma historique avance toujours sur une ligne de crête, entre fidélité aux sources et nécessités du récit. En ravivant la mémoire de juin 1940, La Bataille de Gaulle rappelle surtout que l’histoire reste un terrain vivant, où chaque génération projette ses propres questions.
