En Tunisie, la justice a condamné le 2 juin 2026 Rached Ghannouchi, figure historique de l’opposition et chef du parti islamiste Ennahda, à la prison à vie, dans une affaire liée à un présumé « appareil sécuritaire secret ». Plusieurs anciens hauts responsables politiques et militaires ont également été lourdement condamnés, dans un contexte de durcissement politique marqué depuis 2021.
Le mardi 2 juin 2026, la justice tunisienne a prononcé une peine de prison à vie contre Rached Ghannouchi, 84 ans, chef du parti islamiste Ennahda, déjà incarcéré depuis 2023. Selon les informations rapportées par plusieurs médias dont Le Monde et Le Figaro, cette condamnation s’accompagne de 30 années de prison supplémentaires, portant à un niveau exceptionnel la sévérité de la peine prononcée.
Dans cette même affaire, plusieurs autres figures politiques et militaires ont été lourdement condamnées. L’ancien premier ministre Ali Larayedh, détenu depuis 2022, a ainsi écopé de 42 ans de prison. L’ancien officier de l’armée Kamel Ben Bedoui a, de son côté, été condamné à la réclusion à perpétuité assortie de 32 années supplémentaires.
Des accusations de « réseau sécuritaire secret » au cœur du dossier
Les condamnés sont accusés d’avoir mis en place un « appareil sécuritaire secret » au service du parti Ennahda, formation qui a dominé la vie politique tunisienne pendant plus d’une décennie après la révolution de 2011.
Selon les éléments relayés par la presse, les autorités estiment que ce dispositif aurait fonctionné en parallèle des institutions officielles, dans une logique d’influence et de contrôle politique. Le parti concerné rejette fermement ces accusations et parle de poursuites à caractère politique.
Rached Ghannouchi, arrêté en 2023, avait déjà été condamné à plusieurs reprises dans d’autres dossiers, notamment pour « complot contre la sûreté de l’État ». Avant ce dernier verdict, ses peines cumulées dépassaient déjà quarante années d’emprisonnement.
Un climat politique marqué par un durcissement depuis 2021
Cette nouvelle condamnation s’inscrit dans un contexte politique profondément transformé depuis le 25 juillet 2021, date à laquelle le président Kaïs Saïed s’est octroyé les pleins pouvoirs.
Depuis cette décision, de nombreuses voix, notamment au sein de l’opposition et de la société civile, dénoncent un recul des libertés publiques dans le pays, longtemps présenté comme l’un des rares exemples de transition démocratique issue du Printemps arabe de 2011.
Selon plusieurs organisations et médias, ce durcissement s’est traduit par une multiplication des poursuites judiciaires visant des opposants politiques, des journalistes et des figures publiques critiques du pouvoir.
À la fin de l’année dernière, le contributeur de l’agenda 2030, Bernard Henri Lévy a même été condamné par contumace dans le cadre de l’affaire tunisienne dite du « complot contre la sûreté de l’État », un vaste procès visant plusieurs dizaines d’opposants, avocats, hommes d’affaires et personnalités accusés par les autorités de vouloir déstabiliser le régime du président Kaïs Saïed.
Des condamnations qui dépassent le seul cas Ghannouchi
Le dossier ne se limite pas à Rached Ghannouchi. L’ancien chef du gouvernement Ali Larayedh, également figure d’Ennahda, a été condamné à 42 ans de prison dans une autre affaire liée à des accusations de terrorisme.
D’autres responsables du parti ont également été condamnés à des peines allant de dix ans à la réclusion à perpétuité, illustrant l’ampleur de la procédure judiciaire visant l’ancien parti dominant de la scène politique tunisienne.
Une figure politique majeure de la Tunisie contemporain
Rached Ghannouchi reste l’une des personnalités les plus influentes de la Tunisie post-révolutionnaire. Fondateur et dirigeant d’Ennahda, il a joué un rôle central dans la transition politique du pays après 2011, période durant laquelle son parti a occupé une place majeure au sein des institutions.
Aujourd’hui, sa condamnation à la prison à vie marque un tournant judiciaire et politique majeur, venant sceller l’effondrement judiciaire et politique d’une partie de l’ancienne élite issue de la transition post-révolutionnaire.
Sources :
Le Monde
Le Figaro
Sud Ouest
France24
