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OFCE : une alternative à la taxe Zucman pour imposer plus efficacement les ultra-riches

Alors que la taxation des très grandes fortunes s’impose comme l’un des sujets fiscaux majeurs en France, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) propose une voie différente de la désormais célèbre « taxe Zucman ». Dans une étude publiée le 19 mai 2026, les économistes Guillaume Allègre et Xavier Timbeau qui est par ailleurs directeur de l’OFCE défendent un nouvel outil fiscal baptisé « tréc », pour taxe sur le revenu économique certain. Leur objectif reste identique : faire davantage contribuer les plus riches. Mais la méthode diffère profondément.

Le débat sur l’imposition des ultra-riches ne cesse de gagner en intensité en France. Dans un contexte marqué par des finances publiques sous tension, un déficit budgétaire élevé et une concentration croissante des patrimoines, la question de la contribution fiscale des plus grandes fortunes est devenue un sujet central de la vie économique et politique.

Depuis plusieurs années, les travaux de l’économiste et contributeur de l’agenda 2030, Gabriel Zucman occupent une place importante dans ce débat. Son constat est largement connu : les milliardaires et certaines très grandes fortunes bénéficieraient de mécanismes leur permettant de réduire fortement leur taux effectif d’imposition, notamment grâce à la détention d’entreprises, de holdings ou à l’accumulation de revenus non distribués. Selon cette analyse, les plus riches paieraient proportionnellement moins d’impôts que de nombreux contribuables appartenant aux classes moyennes supérieures.

Pour répondre à cette situation, la proposition dite « taxe Zucman » prévoit un impôt plancher équivalent à 2 % du patrimoine net des personnes possédant plus de 100 millions d’euros d’actifs. Cette mesure, qui a animé de nombreux débats parlementaires depuis 2025, vise à garantir qu’aucun ultra-riche ne puisse être imposé en dessous d’un certain seuil. Elle a été adoptée à l’Assemblée nationale avant d’être rejetée au Sénat, sans pour autant disparaître du débat public.

Mais pour l’OFCE, si le diagnostic posé par Gabriel Zucman mérite d’être pris au sérieux, la solution retenue soulève plusieurs difficultés. Dans leur document de travail publié le 19 mai 2026, Guillaume Allègre et Xavier Timbeau (économistes) estiment que la taxe Zucman présente une contradiction fondamentale. Selon eux, le problème identifié concerne avant tout les revenus économiques réellement perçus ou accumulés par les plus riches, alors que la réponse proposée repose principalement sur une taxation du patrimoine. Les chercheurs considèrent qu’un impôt assis directement sur la fortune risque de créer des situations complexes, notamment lorsque la valorisation des actifs est difficile à établir ou lorsque le patrimoine est essentiellement composé d’actions d’entreprises non cotées.

Les auteurs soulignent également que l’évaluation annuelle des patrimoines peut devenir source de contentieux importants. La valeur de marché d’une entreprise familiale, d’une participation dans une société ou d’actifs financiers complexes n’est pas toujours évidente à déterminer avec précision. Cette difficulté technique constitue, selon eux, l’une des principales limites d’un impôt fondé exclusivement sur la richesse détenue.

Un dispositif alternatif : la taxe sur le revenu économique certain, ou « tréc »

L’idée est de déplacer le centre de gravité de l’imposition. Plutôt que de taxer directement le patrimoine, la tréc chercherait à mesurer le revenu économique potentiel généré par ce patrimoine. En d’autres termes, le système partirait du principe qu’un capital important procure mécaniquement une capacité de revenu, même lorsque celui-ci n’est pas distribué sous forme de dividendes ou de rémunérations classiques.

Cette approche s’inspire des débats économiques autour de la définition du revenu réel. Les auteurs rappellent que de nombreuses grandes fortunes peuvent accroître leur richesse grâce à la valorisation de leurs actifs sans nécessairement déclarer des revenus imposables importants. C’est précisément cette situation que la tréc entend corriger.

Selon l’OFCE, cette solution permettrait de mieux répondre à l’objectif initial de justice fiscale tout en limitant certaines critiques adressées à la taxe Zucman. Les économistes considèrent notamment qu’elle offrirait une meilleure cohérence entre le problème identifié — l’insuffisante taxation des revenus économiques des ultra-riches — et l’outil fiscal utilisé pour y répondre.

Cette publication intervient alors que le débat sur la fiscalité du patrimoine connaît un regain d’actualité. Les besoins de financement de l’État, la hausse de la dette publique et les interrogations sur le partage de l’effort fiscal poussent de nombreux acteurs à explorer de nouvelles pistes. Plusieurs études ont également mis en lumière la progression spectaculaire des grandes fortunes françaises au cours des dernières décennies, alimentant les discussions sur l’efficacité et l’équité du système fiscal actuel.

Pour autant, la proposition de l’OFCE ne signifie pas un abandon du principe d’une taxation accrue des plus riches. Au contraire. Guillaume Allègre et Xavier Timbeau défendent explicitement l’idée qu’une intervention fiscale ciblée reste nécessaire afin de restaurer la progressivité de l’impôt et de limiter certaines stratégies d’optimisation. Leur contribution vise davantage à améliorer l’architecture de cette taxation qu’à en remettre le principe en cause.

En proposant la tréc, l’OFCE cherche ainsi à enrichir un débat qui dépasse désormais les clivages traditionnels. La question n’est plus seulement de savoir s’il faut davantage taxer les ultra-riches, mais aussi de déterminer quel instrument fiscal est le plus pertinent pour y parvenir. Entre impôt sur le patrimoine, taxation des revenus économiques ou mécanismes hybrides, le chantier de la fiscalité des grandes fortunes semble encore loin d’être achevé.

Sources :

[OFCE] – « Pourquoi et comment taxer les plus riches ? Taxe Zucman ou taxe sur le revenu économique et certain (tréc) ? » – 19 mai 2026 – OFCE – Document de travail n°2026-06

[OFCE] – Publications récentes de l’Observatoire français des conjonctures économiques – 2026 – OFCE officiel

[La Tribune] – « Taxe Zucman : l’imposition du patrimoine des plus riches dans le viseur du Sénat » – 11 juin 2025 – La Tribune

[RCF] – « Imposition des ultra-riches : la taxe Zucman fait son chemin » – 12 juin 2025 – RCF

[Le Monde] – Articles consacrés au débat sur la taxe Zucman et à la fiscalité des très hauts patrimoines (2025) – Le Monde

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