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Groupes armés au Soudan. Photo : France 24.

Soudan : près de 70 morts dans deux frappes de drones, symbole d’une guerre qui s’enfonce dans l’horreur

Deux nouvelles attaques de drones ont fait au moins 67 morts dans la région du Kordofan, au Soudan, dont plusieurs enfants et femmes déplacés par les combats. Ces frappes illustrent l’intensification d’un conflit entré dans sa quatrième année et devenu l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Alors que les drones occupent une place croissante sur le champ de bataille, les civils continuent de payer le prix fort.

La guerre civile soudanaise a connu un nouvel épisode sanglant avec deux frappes de drones ayant fait au moins 67 morts dans la région du Kordofan, l’un des principaux fronts du conflit qui oppose depuis avril 2023 l’armée régulière aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La première attaque s’est produite vendredi 30 mai dans le village d’Al-Murra, situé dans l’État du Kordofan-Nord. Selon un chef tribal local cité par l’AFP, 57 personnes ont été tuées lors de cette frappe dans une zone actuellement disputée entre les deux camps. Ce responsable attribue l’attaque aux Forces de soutien rapide.

Le lendemain, samedi 31 mai, une seconde frappe a touché le village de Kadam, dans le Kordofan-Ouest. D’après l’ONG Emergency Lawyers, dix personnes ont été tuées, parmi lesquelles huit enfants et deux femmes.

L’organisation précise que les victimes étaient des déplacés ayant fui les combats du Kordofan-Sud pour tenter de trouver refuge dans une zone jugée plus sûre.

« Les victimes étaient à la recherche de sécurité », souligne l’ONG, qui dénonce une « extension de la violence » vers les régions accueillant des populations civiles déplacées.

Les civils toujours en première ligne

L’attaque de Kadam apparaît particulièrement préoccupante pour les organisations humanitaires. Emergency Lawyers souligne qu’elle s’est produite « dans une zone civile où il n’y a pas d’opérations militaires ».

L’ONG n’a toutefois pas attribué officiellement cette frappe à l’un des deux belligérants.

Le bilan humain est d’autant plus lourd que les victimes appartenaient à des familles déjà déplacées par la guerre. Depuis le début du conflit, des millions de Soudanais ont été contraints d’abandonner leurs habitations face à l’avancée des combats.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), au moins 160 habitants d’Al-Murra avaient déjà quitté le village au cours de la semaine précédente pour des raisons de sécurité.

Les drones deviennent l’arme centrale du conflit

Ces nouvelles attaques illustrent l’évolution de la guerre soudanaise. Longtemps dominés par les combats terrestres et les affrontements urbains, les affrontements reposent désormais de plus en plus sur l’utilisation de drones.

Les deux camps disposent aujourd’hui de capacités de frappe à distance leur permettant de toucher des cibles situées à plusieurs centaines de kilomètres des lignes de front.

Selon les Nations unies, au moins 880 civils ont été tués par des frappes de drones entre janvier et avril 2026 seulement.

Ce chiffre témoigne de la montée en puissance de ces armes dans le conflit. Les drones permettent de frapper rapidement des positions ennemies tout en limitant l’exposition directe des combattants, mais ils augmentent aussi considérablement les risques pour les populations civiles.

« Les drones sont devenus des armes de plus en plus importantes dans ce conflit », souligne Le Monde, qui rappelle que les deux camps y ont recours de manière croissante.

Une guerre entrée dans sa quatrième année

Le conflit soudanais a éclaté le 15 avril 2023 après plusieurs mois de tensions entre le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise, et le général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemedti », dirigeant des Forces de soutien rapide.

Ce qui devait être une lutte de pouvoir entre deux hommes forts s’est transformé en guerre totale.

Khartoum, la capitale, a été ravagée par les combats. Le Darfour est redevenu le théâtre de massacres intercommunautaires. Désormais, le Kordofan constitue l’un des nouveaux épicentres de la guerre.

Selon plusieurs estimations citées par les organisations internationales, le conflit aurait déjà causé plus de 200 000 morts, directement ou indirectement.

Plus de 11 millions de déplacés

La catastrophe humanitaire continue également de s’aggraver.

Les Nations unies estiment que plus de 11 millions de personnes ont été déplacées depuis le début des combats, un chiffre sans précédent dans l’histoire récente du pays.

Des centaines de milliers de réfugiés ont fui vers le Tchad, le Soudan du Sud, l’Éthiopie ou encore l’Égypte.

À l’intérieur même du Soudan, des millions de familles survivent dans des conditions extrêmement précaires, souvent privées d’accès aux soins, à l’eau potable ou à l’alimentation.

L’ONU qualifie aujourd’hui la situation soudanaise de « pire crise humanitaire au monde ».

Malgré plusieurs tentatives de médiation internationale, aucun cessez-le-feu durable n’a été obtenu. Les combats continuent de s’étendre à de nouvelles régions, tandis que les populations civiles restent prises au piège entre les deux camps.

Les frappes du Kordofan rappellent brutalement que la guerre soudanaise, souvent éclipsée par d’autres crises internationales, demeure l’un des conflits les plus meurtriers de la planète.

Sources :
Africa Radio
Le Monde
Sud Ouest

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