Le parquet de Paris a requis le renvoi en procès de Jean-Christophe Lagarde, ancien président de l’UDI, pour escroquerie en bande organisée. L’ancien député est soupçonné d’avoir orchestré, avec son ex-chauffeur et un ancien policier devenu commentateur, la diffusion d’une fausse information visant Raquel Garrido et Alexis Corbière lors des élections législatives de 2022.
Au lendemain du second tour des législatives de juin 2022, l’hebdomadaire Le Point publie un article affirmant que Raquel Garrido, candidate de La France insoumise face à Jean-Christophe Lagarde dans la 5ᵉ circonscription de Seine-Saint-Denis, employait avec son mari Alexis Corbière une travailleuse domestique sans titre de séjour. L’article connaît une diffusion virale en quelques heures et s’invite immédiatement dans la séquence politique d’une législature qui s’ouvre.
Vingt-quatre heures plus tard, la rédaction du Point retire publiquement l’article et reconnaît qu’il est « faux » et « trompeur ». L’hebdomadaire s’excuse auprès des deux élus insoumis. Une enquête est ouverte par le parquet de Paris pour escroquerie en bande organisée afin de comprendre l’origine de cette information manipulée et le rôle des protagonistes.
Le parquet demande un procès contre l’ancien patron de l’UDI
À l’issue de plusieurs mois d’investigations, le parquet de Paris a requis le 25 mai 2026 le renvoi devant le tribunal correctionnel de trois personnes : Jean-Christophe Lagarde lui-même, son ancien chauffeur ainsi qu’un ex-policier devenu commentateur de presse. Le parquet considère ce dernier comme un « intermédiaire actif et déterminant » entre l’ancien député et le journaliste du Point.
L’enquête a permis de reconstituer la chaîne de transmission de la fausse information, depuis sa fabrication présumée jusqu’à sa publication. Selon le parquet, les éléments matériels recueillis caractériseraient une opération concertée, ce qui justifie la qualification d’escroquerie en bande organisée, particulièrement lourde dans l’arsenal pénal.
Une bataille politique aux conséquences électorales
Raquel Garrido avait largement remporté son duel contre Jean-Christophe Lagarde en juin 2022, mettant fin à dix-sept années de mandat législatif de l’élu UDI. La diffusion de l’article litigieux était intervenue dans un moment de très forte exposition médiatique, alors que la nouvelle députée prenait possession de son siège à l’Assemblée nationale.
Depuis, Raquel Garrido et Alexis Corbière, eux-mêmes devenus députés, ont multiplié les démarches judiciaires pour obtenir la vérité sur l’origine des accusations. Leur avocate s’est dite « satisfaite » des réquisitions, en rappelant que la chaîne d’information avait été démontée et reconnue comme fausse par la rédaction qui l’avait publiée.
L’avenir judiciaire de Jean-Christophe Lagarde
Il revient désormais à un juge d’instruction de décider du renvoi effectif devant le tribunal correctionnel. En cas de procès, Jean-Christophe Lagarde encourrait des peines aggravées en raison de la qualification de bande organisée, qui suppose une action coordonnée entre plusieurs personnes pour tromper autrui.
L’ancien président de l’UDI a, par la voix de ses conseils, contesté à plusieurs reprises sa responsabilité dans la diffusion de l’article. Il dénonce une instrumentalisation politique du dossier et entend démontrer qu’il n’a pas participé à la confection de la fausse information litigieuse.
Une affaire emblématique de la lutte contre la désinformation
Au-delà du sort judiciaire des trois mis en cause, l’affaire interroge le rôle des intermédiaires officieux dans la circulation de fausses informations à visée électorale. Elle met aussi en lumière la responsabilité particulière des rédactions, qui doivent vérifier les pièces qui leur sont fournies, même par des sources réputées dignes de confiance.
