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Arthur Mensh. Image : capture d'écran.

Intelligence artificielle : Arthur Mensch alerte une nouvelle fois sur le risque d’une Europe « vassale » des États-Unis

Auditionné à l’Assemblée nationale le 13 mai dernier, le patron de Mistral AI Arthur Mensch a livré une mise en garde directe sur l’avenir technologique de l’Europe. Face à la domination américaine dans l’intelligence artificielle, il appelle la France et l’Union européenne à accélérer sur les infrastructures, l’énergie et la souveraineté industrielle, sous peine de devenir de simples consommateurs des technologies développées outre-Atlantique.

Le ton était grave, presque alarmiste, comme lors de son discours prononcé en début d’année à l’Ecolye Polytechnique dont il est issu. Devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les dépendances structurelles dans le numérique, Arthur Mensch, cofondateur et CEO de Mistral AI, a dressé un constat sans détour : l’Europe joue sa souveraineté économique dans la bataille mondiale de l’intelligence artificielle. Et selon lui, le temps presse.

« Dans l’IA, la France doit agir maintenant pour ne pas devenir un vassal », a résumé le dirigeant de la licorne française spécialisée dans l’IA générative. Derrière cette formule choc se cache une conviction : l’intelligence artificielle n’est plus simplement un secteur technologique parmi d’autres, mais une infrastructure stratégique comparable à l’énergie ou aux télécommunications.

Lors de son audition, Arthur Mensch a insisté sur un point central : les grands modèles de langage nécessitent des capacités industrielles gigantesques. Data centers, processeurs spécialisés, financements massifs et surtout accès à l’électricité deviennent désormais les véritables nerfs de la guerre technologique mondiale.

Le patron de Mistral AI a expliqué que les modèles d’intelligence artificielle « transforment de l’électricité en tokens », une manière de rappeler que la puissance informatique dépend directement de ressources énergétiques colossales. Pour lui, les États-Unis ont déjà pris une avance stratégique considérable dans cette course mondiale à la puissance de calcul.

Arthur Mensch estime que l’Europe pourrait rapidement se retrouver enfermée dans une relation de dépendance technologique vis-à-vis des géants américains comme OpenAI, Microsoft, Google ou Anthropic. Une situation qu’il compare implicitement à celle du cloud computing, dominé aujourd’hui presque exclusivement par des groupes américains.

Selon lui, le risque est économique autant que politique. Si l’IA représente demain une part significative de la productivité des entreprises et des administrations européennes, les revenus liés à cette transformation pourraient quitter massivement l’Europe pour financer la recherche et les infrastructures américaines. Une fuite de valeur qui fragiliserait encore davantage la souveraineté numérique européenne.

Mais Arthur Mensch refuse une approche purement protectionniste. Le dirigeant ne plaide pas pour un isolement européen, mais pour un rapport de force équilibré. « Il faut arrêter de penser à la souveraineté comme un isolationnisme », a-t-il affirmé devant les députés, Son objectif est clair : permettre à l’Europe de disposer de ses propres infrastructures, de ses propres modèles et de sa propre capacité d’investissement afin de ne pas dépendre entièrement des technologies étrangères.

Le CEO de Mistral AI s’est également montré particulièrement critique envers l’accumulation des réglementations européennes. RGPD, AI Act, règles sur le copyright : pour lui, cette complexité administrative risque d’étouffer l’innovation locale. « La réglementation favorise les gros », a-t-il déclaré, estimant que seuls les groupes disposant déjà d’importantes ressources financières peuvent absorber ces contraintes.

Arthur Mensch affirme même que cette situation pousse de nombreux entrepreneurs européens à partir aux États-Unis, où les conditions de développement seraient jugées plus favorables. Il dénonce un « récit destructeur » selon lequel l’Europe serait condamnée à réglementer pendant que les Américains innovent.

Au-delà du diagnostic, le patron de Mistral appelle à une véritable politique industrielle européenne de l’intelligence artificielle. Il défend notamment l’idée d’une commande publique massive capable de soutenir les acteurs technologiques européens. Selon lui, les États-Unis utilisent déjà cette stratégie depuis des décennies pour renforcer leurs champions nationaux.

Mistral AI réalise actuellement une partie importante de son activité avec le secteur public, notamment via des contrats institutionnels et des collaborations avec certaines administrations. Arthur Mensch regrette toutefois que la France reste en retrait par rapport à d’autres pays européens dans le déploiement massif de solutions d’IA au sein des administrations centrales.

Cette audition intervient dans un contexte particulièrement sensible. Depuis plusieurs mois, les débats autour de la souveraineté numérique européenne s’intensifient face à la domination croissante des géants américains et chinois dans l’intelligence artificielle. Les investissements colossaux nécessaires au développement des modèles génératifs rendent la compétition de plus en plus difficile pour les acteurs européens.

Pour Arthur Mensch, les deux prochaines années seront décisives. Sans réaction rapide sur les infrastructures énergétiques, le financement de la recherche et le soutien industriel, l’Europe pourrait perdre définitivement sa capacité à peser dans la révolution de l’intelligence artificielle. Une perspective qui transformerait le continent en simple marché de consommation technologique dépendant des décisions prises à Washington ou dans la Silicon Valley.

Source :

Audition d’Arthur Mensch devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale – lien

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