Lla séance plénière de la 79ème Assemblée mondiale de la Santé (AMS) qui s’est déroulée aujourd’hui s’est ouverte sur un plaidoyer puissant en faveur de la coopération internationale, mais a rapidement été rattrapée par les clivages politiques mondiaux. Si les discours initiaux ont rappelé que la santé doit être une garantie universelle et non un privilège, les débats qui ont suivi ont illustré à quel point les enjeux sanitaires restent intrinsèquement liés aux rivalités diplomatiques.
Le nouveau président de l’Assemblée, le Dr Victor Elias Atala Lakam, ministre de la Santé de la République dominicaine, a inauguré la session en rappelant que la santé constitue l’un des plus grands instruments de paix, d’équité et de dignité humaine. Dans son discours d’ouverture, il a mis en avant plusieurs priorités jugées essentielles pour redéfinir les systèmes de santé à l’échelle mondiale.
Il a d’abord insisté sur l’urgence de mieux prendre en compte la santé mentale, longtemps négligée dans les politiques publiques. Selon lui, celle-ci doit désormais être pleinement intégrée aux soins primaires. Il a affirmé qu’« il n’y a pas de santé sans santé mentale » et a appelé à lutter contre la stigmatisation qui entoure encore ces troubles.
Le président a également évoqué le défi grandissant des maladies chroniques et du coût des médicaments. Face à la progression de l’obésité, des cancers et des maladies rares, il a estimé que les systèmes de santé étaient soumis à une pression croissante. Pour répondre à cette situation, il a proposé l’ouverture d’un dialogue mondial sur la durabilité pharmaceutique afin de trouver un équilibre entre l’innovation médicale, l’accès aux traitements et la viabilité financière des systèmes de soins.
Il a aussi défendu l’approche dite « One Health » ou « Une seule santé », soulignant que la pandémie, la résistance aux antimicrobiens et le changement climatique démontrent l’interdépendance entre la santé humaine, animale et environnementale.
Enfin, il a abordé le rôle des nouvelles technologies dans le secteur médical. S’il considère que l’intelligence artificielle et la télémédecine représentent des outils de transformation majeurs, il a averti qu’elles pourraient également accentuer la fracture numérique. Il a rappelé que les professionnels de santé demeurent le cœur irremplaçable du système et qu’ils nécessitent des investissements durables ainsi qu’une protection renforcée.
Pour concrétiser ces ambitions, le président a proposé le lancement de la Plateforme d’action mondiale pour la santé (GHAP), conçue pour accélérer le partage de connaissances et de solutions technologiques ou financières.
Le débat polarisé sur l’inclusion de Taïwan
La volonté de coopération mondiale s’est heurtée à la réalité politique lors de l’examen de la participation de Taïwan à l’Assemblée en tant qu’observateur.
D’un côté, la Chine et le Pakistan se sont fermement opposés à cette inclusion, invoquant le principe d’une seule Chine et la résolution 2758 de l’Assemblée générale des Nations Unies. La Chine a condamné cette initiative comme une violation du droit international et une tentative politique des forces “séparatistes” taïwanaises.
De l’autre côté, des pays comme les Palaos et le Paraguay ont soutenu Taïwan, affirmant que son exclusion crée une lacune dangereuse dans la surveillance mondiale des maladies. Ils ont salué l’expertise de Taïwan, notamment son système de santé robuste et son aide internationale cruciale durant la pandémie de COVID-19, soulignant que “les maladies ne connaissent pas de frontières”. Malgré ces arguments, l’Assemblée a finalement rejeté l’inscription de ce point à l’ordre du jour.
Tensions au Moyen-Orient : Le système de santé comme dommage collatéral
Les divisions se sont accentuées autour d’une proposition soumise par le Koweït, au nom du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) et de la Jordanie, visant à discuter des implications sanitaires des attaques non provoquées de l’Iran sur les infrastructures civiles essentielles.
Le Koweït a argué que la destruction d’infrastructures telles que l’énergie, les ports et les réseaux d’eau potable a des répercussions directes sur les chaînes d’approvisionnement médical, privant les populations les plus vulnérables de soins et de médicaments.
En réponse, l’Iran a fermement rejeté cette proposition, accusant ces pays de vouloir politiser l’OMS. Le représentant iranien a souligné que l’OMS est une agence technique dont le rôle n’est pas d’arbitrer des conflits géopolitiques sans données épidémiologiques indépendantes, avertissant que cette démarche menaçait la crédibilité et la neutralité de l’organisation. Ce clivage a finalement conduit l’Assemblée à organiser un vote officiel par appel nominal sur la question.
Cette plénière de la 79ème AMS illustre le paradoxe de la gouvernance sanitaire actuelle. S’il est universellement reconnu que l’équité en santé n’est pas seulement une question de justice sociale, mais aussi un risque de sécurité mondiale, la mise en pratique d’une véritable solidarité reste apparemment freinée par des conflits de souveraineté et des tensions géopolitiques. L’OMS, agence des nations unies membre du Forum économique mondial se présentent comme naviguant sur une ligne de crête, tentant de faire primer l’urgence vitale sur les désaccords politiques.
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