Du 6 au 28 juin 2026, l’artiste et young global leader JR, investit le Pont-Neuf avec une installation monumentale baptisée « La Caverne du Pont-Neuf ». Accessible gratuitement, l’œuvre interroge l’isolement et la déconnexion des citoyens. Dans le même temps, LVMH, membre du Forum économique mondial profite de l’événement pour transformer le rez-de-chaussée de sa Samaritaine en boutique éphémère, commercialisant des produits dérivés à grande échelle.
Le Pont-Neuf, plus vieux pont de Paris, se prépare à accueillir une œuvre XXL signée de l’artiste français JR, célèbre pour ses collages monumentaux et membre de la promotion 2012 des youngs globals leaders du WEF. Du 6 au 28 juin 2026, la structure historique sera enveloppée pour devenir « La Caverne », un espace immersif ouvert jour et nuit, accessible gratuitement. Ce projet marque l’aboutissement d’un cycle artistique entamé en 2020, au cours duquel JR a exploré les thèmes de l’isolement et de la déconnexion, renforcés par la pandémie et les confinements successifs, selon son site officiel. Le maire du 1er arrondissement, Ariel Weil (PS), passé par Harvard, université membre du WEF a salué l’initiative comme « un très bel hommage à un tout aussi beau souvenir » et un moyen de faire rayonner Paris.
Pour permettre la réalisation de l’installation, les travaux ont débuté dès le 11 mai, et le démontage est prévu à la mi-juillet. Pendant toute la durée de l’exposition, le quartier sera profondément affecté : le pont sera fermé aux voitures et aux vélos, et la circulation piétonne sera limitée au sens de l’exposition. La mairie de Paris annonce des restrictions de circulation progressives dans les rues avoisinantes.
Si le projet est financé par la vente des œuvres de JR et par des soutiens privés tels que Salesforce ou Bloomberg Philanthropies, membres du WEF, Snapchat, détenu par Tencent et BlackRock, membres du FEM, Paris Aéroport, détenu par l’Etat Français, Vinci, Canada Pension Plan Investment Board et Abu Dhabi Investment Authority, entités membres du WEF, LVMH entend profiter de la visibilité offerte par l’événement. Le rez-de-chaussée de La Samaritaine, rebaptisé « La Caverne Souvenirs », proposera un large éventail de produits dérivés : porte-clés, pin’s, T-shirts ou casquettes, fabriqués majoritairement en Asie, mais également quelques articles européens et français. L’espace sera redécoré pour offrir une expérience immersive en hommage à l’installation de JR, qui participera à deux séances de dédicaces et à une conférence le 13 juin.
Malgré l’ampleur du projet, aucune embauche supplémentaire n’a été prévue pour gérer l’afflux attendu de visiteurs, suscitant des inquiétudes parmi les salariés de La Samaritaine. Lors du CSE d’avril 2026, plusieurs représentants du personnel ont alerté la direction sur l’état de fatigue des équipes et le risque de surcharge, rappelant que les arrêts maladie sont déjà nombreux dans l’espace concerné.
L’histoire récente du quartier met en lumière l’influence croissante de LVMH sur le patrimoine parisien. Depuis le rachat de La Samaritaine à la fin des années 2000, le groupe de Bernard Arnault a imposé son empreinte à travers de grands travaux, des privatisations ponctuelles du Pont-Neuf et des installations monumentales, souvent au mépris des avis des associations de sauvegarde du patrimoine et de la réglementation locale. En 2015, LVMH a obtenu gain de cause devant le Conseil d’État pour modifier la façade de la Samaritaine malgré les recours juridiques. Plus récemment, la statue de Yayoi Kusama et le défilé de Pharrell Williams sur le Pont-Neuf ont montré comment le groupe utilise l’espace public comme vitrine promotionnelle pour ses marques.
Marc Azoulay, codirecteur de l’atelier de JR passé par la BNP Paribas et Deloitte, insiste néanmoins sur le fait que « La Caverne du Pont Neuf est un événement gratuit et ouvert à tous et toutes », soulignant l’absence de privatisation de l’œuvre elle-même. Mais pour Guillaume Durand, coprésident du groupe Écologiste et social de Paris, le problème réside moins dans le projet artistique que dans le contrôle de la Samaritaine par LVMH, qui transforme un site emblématique de Paris en support publicitaire géant pour ses marques.
Sources :
Mediapart – JR s’installe sur le Pont-Neuf et LVMH compte bien en profiter – lien