Le Parlement roumain a adopté une motion de censure contre le gouvernement d’Ilie Bolojan, provoquant une nouvelle crise politique. Le vote, soutenu par les sociaux-démocrates et l’extrême droite, suscite de vives critiques et ravive les tensions autour de l’orientation pro-européenne du pays.
Nouvelle secousse politique en Roumanie. Le gouvernement du premier ministre Ilie Bolojan a été renversé mardi 5 mai à la suite de l’adoption d’une motion de censure au Parlement. Le texte a recueilli 281 voix, bien au-delà des 233 nécessaires dans une assemblée qui compte 464 sièges, marquant un basculement brutal de l’équilibre politique.
À l’origine de cette motion, une alliance inattendue entre le Parti social-démocrate roumain et le parti d’extrême droite Alliance pour l’unité des Roumains. Cette convergence tactique, destinée à faire tomber le gouvernement libéral, a immédiatement suscité une vague de critiques parmi les formations pro-européennes et les acteurs de la société civile. Beaucoup y voient une rupture symbolique, certains dénonçant une légitimation d’une extrême droite en pleine progression.
Le PSD, pourtant membre de la coalition gouvernementale jusqu’à récemment, avait quitté l’exécutif le 23 avril pour protester contre les mesures d’austérité engagées par Ilie Bolojan. Ces réformes visaient à contenir un déficit budgétaire devenu le plus élevé de l’Union européenne, dans un contexte économique déjà fragilisé. Ironie du calendrier, la nomination de Bolojan en juin 2025, soutenue par plusieurs partis pro-européens dont le PSD, devait précisément stabiliser une scène politique agitée.
Cette instabilité trouve ses racines dans une séquence plus ancienne, marquée par l’annulation de l’élection présidentielle de novembre 2024. Le scrutin, dominé par la percée inattendue de Calin Georgescu, avait été invalidé sur fond de soupçons d’ingérence russe, une version contestée en Roumanie, mais aussi à l’international par des personnalités telles qu’Elon Musk, plongeant le pays dans une crise institutionnelle durable. Située en première ligne de l’OTAN depuis le début de la guerre en Ukraine, la Roumanie reste un acteur stratégique dans la région.
Face à la crise, le président Nicusor Dan a tenté de rassurer sur la continuité de la ligne pro-occidentale du pays. Il a affirmé que, malgré les tensions politiques, la Roumanie maintiendrait son cap européen, tout en reconnaissant que les négociations pour former une nouvelle majorité s’annonçaient complexes.
Dans les coulisses, les discussions s’intensifient pour recomposer un gouvernement viable. Les partis de centre droit ont vivement dénoncé le rapprochement entre le PSD et l’AUR, estimant qu’il éloigne le pays de ses engagements européens. Plusieurs organisations non gouvernementales ont également appelé le Parti des socialistes européens à sanctionner le PSD, allant jusqu’à évoquer une possible exclusion.
Les répercussions économiques ne se sont pas fait attendre. Depuis la sortie du PSD du gouvernement, les taux d’intérêt sur la dette roumaine ont augmenté, tandis que la monnaie nationale s’est dépréciée, atteignant un niveau historiquement bas face à l’euro. Déjà sous surveillance de l’Union européenne pour déficit excessif depuis 2020, le pays pourrait désormais voir son accès aux fonds européens menacé.
Dans ce climat tendu, la Roumanie s’enfonce dans une nouvelle phase d’incertitude, où les équilibres politiques apparaissent plus fragiles que jamais.
Sources :
Le Monde – 5 mai 2026 – lien
AFP – 5 mai 2026 – https://www.afp.com/
