Lors du deuxième webinaire organisé par l’OMS à la suite du One Health Festival organisé par l’Etat français à Lyon, plusieurs pays ont partagé leurs méthodes pour mieux prévenir et gérer les risques zoonotiques. Du Nigeria au Bhoutan, du Kazakhstan à la Jordanie, l’enjeu étant le même : témoigner que le renforcement du Reglement Sanitaire international grâce à l’approche « Une seule santé » a une efficacité sur le terrain.
Le deuxième webinaire de l’OMS en deux jours, consacré à l’approche One Health a donné à voir une réalité souvent moins visible que les grandes déclarations diplomatiques : la sécurité sanitaire mondiale se construit aussi dans les ateliers techniques, les cartes de risques, les formations de terrain et les mécanismes de coordination entre ministères. Organisé dans le prolongement du One Health Festival porté par la France autour du sommet de Lyon, ce rendez-vous s’inscrit dans une séquence internationale visant à accélérer la mise en œuvre de l’approche « Une seule santé ».
Intitulé « RSI, partage d’expériences nationales et régionales », le webinaire qui s’est déroulé aujourd’hui avait pour objectif de présenter des expériences concrètes de renforcement des capacités fondamentales du Règlement sanitaire international, notamment face aux zoonoses.
Ces maladies, transmises entre animaux et humains, rappellent combien les frontières administratives sont parfois impuissantes face aux réalités biologiques. La santé humaine, la santé animale et l’état des écosystèmes avancent ensemble, ou trébuchent ensemble.
Le Nigeria a d’abord illustré l’importance d’un mécanisme de coordination multisectorielle. À travers un atelier dédié, les autorités ont travaillé sur neuf éléments techniques prioritaires, avec l’appui de partenaires internationaux et nationaux. L’objectif était de clarifier les rôles, de structurer les comités techniques et de pilotage, mais aussi d’aligner les actions One Health avec les stratégies nationales, notamment en matière de sécurité sanitaire et de résistance antimicrobienne.
Selon la présentation, de Nasir Ahmed, directeur adjoint chargé de la surveillance et de l’épidémiologie au Centre nigérian de contrôle et de prévention des maladies, cette démarche a permis de renforcer la gouvernance et de faire progresser le score du pays dans l’évaluation externe conjointe, passé de 39 % à 54 % en six ans. Au-delà du chiffre, le message est limpide : lorsque les secteurs se parlent vraiment, les capacités de détection, de préparation et de réponse gagnent en efficacité.
Le Bhoutan représenté par Lung Ten, directeur de programme au Centre national de santé animale du Bhoutan, rattaché au ministère de l’Agriculture et de l’Élevage a ensuite présenté une approche très structurée de l’évaluation des risques. Pays situé entre l’Inde et la Chine, largement couvert de forêts et marqué par de fortes interactions entre humains, animaux domestiques et faune sauvage, le royaume est exposé à plusieurs maladies zoonotiques, dont la rage, la brucellose, la leptospirose, la tuberculose bovine et l’anthrax.
Les autorités bhoutanaises ont décrit un processus allant de la priorisation des maladies à la cartographie des risques. Des cartes ont notamment été développées pour la rage et la leptospirose, avec une classification par zones à risque faible, modéré, élevé ou très élevé. Ces outils ont ensuite servi à orienter la planification, la surveillance et les mesures de contrôle. En clair, on ne pilote plus seulement à l’intuition : on regarde le terrain, on croise les données, puis on agit.
Le Kazakhstan était représenté par Zaure Akhmetova, conseillère auprès du président du Centre national de santé publique du ministère de la Santé. Elle a insisté sur la formation des professionnels. Selon elle, la pandémie de Covid-19 a montré que la préparation ne repose pas uniquement sur les infrastructures, mais aussi sur des femmes et des hommes capables de travailler ensemble en situation de crise. Le pays a donc développé un programme de formation de 60 heures pour des spécialistes issus de la santé publique, du secteur vétérinaire et des services d’urgence.
Cette formation hybride associe modules en ligne, sessions interactives et exercices de simulation. Elle couvre la gestion des incidents, l’évaluation des risques, la communication en situation de crise et les procédures opérationnelles. D’après la présentation, 165 spécialistes ont déjà été formés, avec l’ambition de passer d’une logique de projet à un mécanisme national durable.
Pour la Jordanie, Lora Alsawalha, spécialiste de santé publique au bureau de l’OMS en Jordanie a présenté son travail sur le développement des compétences One Health dans le cadre du Fonds de lutte contre les pandémies. Les ministères de la santé, de l’agriculture et de l’environnement ont identifié dix fonctions prioritaires pour la gestion des zoonoses, ainsi que 36 professions associées. Cette cartographie doit permettre de mieux définir les responsabilités, les besoins de formation et les passerelles entre institutions.
L’un des points forts de cette expérience tient à la sélection des participants aux formations : non plus de manière aléatoire, mais en fonction de leurs rôles réels dans la surveillance, la réponse, la communication et l’évaluation des risques. Une méthode plus fine, plus exigeante, mais aussi plus efficace pour bâtir une force de travail opérationnelle.
Les échanges des différents protagonistes ont convergé vers une conclusion : les obstacles à One Health ne sont pas seulement techniques. Ils sont aussi politiques, institutionnels, financiers et parfois culturels. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’un soutien politique de haut niveau, d’un financement durable, d’une définition claire des rôles et d’un suivi régulier. Sans cela, les mécanismes de coordination risqueraient selon eux, de s’activer uniquement lors des crises, avant de retomber dans le silence administratif.
L’OMS, agence onusienne membre du Forum économique mondial rappelle que ce webinaire s’inscrit dans une série EPI-WIN consacrée à l’opérationnalisation de One Health, depuis les amendements au Règlement sanitaire international jusqu’à l’accord sur les pandémies. Le One Health Summit de Lyon, accueilli par la France, visait justement à faire de cette approche un levier d’action face aux risques sanitaires, alimentaires et environnementaux du XXIe siècle.
Méta-description :
L’OMS présente des expériences One Health pour renforcer le RSI face aux zoonoses, avec des exemples du Nigeria, du Bhoutan, du Kazakhstan et de la Jordanie.
Sources :
Chaine Youtube de l’EPI Win
