Le ministre par intérim de la Justice américaine, Todd Blanche, estime que l’affaire Epstein ne doit plus être au centre de l’action du gouvernement. Une prise de position qui a eu lieu le 2 avril et qui intervient après la publication partielle des dossiers suscitant une vive controverse. Entre volonté politique d’avancer et demandes persistantes de transparence, la fracture demeure.
Le signal est clair, et il ne passe pas inaperçu. Todd Blanche, désormais à la tête du ministère de la Justice américain par intérim, a affirmé que l’affaire Epstein ne devait plus constituer une priorité pour l’administration. Une déclaration qui marque une inflexion nette dans la gestion politique et judiciaire d’un dossier parmi les plus explosifs de ces dernières décennies.
Intervenant sur Fox News, le responsable a défendu le bilan de l’administration en assurant que « tous les fichiers liés à l’affaire Epstein » avaient été rendus publics. Dans cette logique, il estime que cette « saga » appartient désormais au passé et « ne devrait plus faire partie de quoi que ce soit à l’avenir ». Une position qui vise à clore un chapitre, mais qui se heurte immédiatement à une contestation tenace.
Car dans les faits, la situation apparaît plus nuancée. Le département de la Justice a bien publié plusieurs millions de pages de documents, environ 3,5 millions selon les chiffres avancés, mais reconnaît lui-même que l’ensemble des archives dépasse les 6 millions de pages. Le compte X La Maison Presse estime que “l’ensemble des fichiers liés à l’affaire est estimé entre 14,6 et 50 téraoctets, tandis qu’environ 300 Go seulement ont été rendus publics jusqu’à présent”. Une partie significative des éléments n’a pas été rendue publique, au motif qu’ils ne répondraient pas aux critères définis par la loi sur la transparence des dossiers Epstein.
Cette distinction alimente les critiques. Plusieurs responsables politiques, y compris au sein du camp républicain, dénoncent une transparence partielle. Le représentant Thomas Massie a ainsi sommé Todd Blanche de publier le reste des documents sous peine de se mettre en infraction avec la législation en vigueur. Du côté démocrate, les accusations vont plus loin, évoquant un possible verrouillage de l’information.
La polémique est d’autant plus vive qu’elle intervient dans un contexte politique particulier. Todd Blanche a pris la tête du ministère de la Justice après l’éviction de Pam Bondi, dont la gestion des dossiers Epstein avait déjà suscité de nombreuses critiques. Le nouveau responsable s’est empressé de défendre son action, tout en niant tout lien entre ce dossier et le départ de sa prédécesseure.
Au-delà des enjeux politiques, ce sont surtout les réactions des victimes qui donnent la mesure de la tension. Certaines d’entre elles, comme Annie Farmer, dénoncent un système judiciaire qui aurait, selon elles, failli à garantir transparence et responsabilité. Elles appellent à poursuivre les investigations, notamment sur les réseaux et les personnalités ayant gravité autour de Jeffrey Epstein et de Ghislaine Maxwell.
Face à ces attentes, Todd Blanche adopte une ligne juridique stricte. Il insiste sur l’absence de preuves permettant d’établir certaines accusations, notamment celles évoquant un rôle d’Epstein comme agent d’un service étranger. Il affirme également que les éléments collectés par le FBI sur plus de quinze ans ne permettent pas d’étayer de telles hypothèses.
Mais cette approche, centrée sur les limites du droit et de la preuve, se heurte à une demande sociale plus large. D’autant plus que certains échangent font état de corps enterrés dans les propriétés du financier. L’affaire Epstein dépasse largement le cadre judiciaire classique. Elle incarne, pour une partie de l’opinion, un symbole de l’impunité supposée des élites et des réseaux d’influence.
En affirmant vouloir « passer à autre chose », Todd Blanche prend donc un risque politique majeur. Celui de donner le sentiment d’un dossier refermé trop vite, alors même que les attentes de vérité et de responsabilité restent intactes. Dans l’affaire Epstein, la bataille ne se joue plus seulement dans les tribunaux, mais aussi dans l’opinion publique. Et sur ce terrain, rien n’est encore réglé.
Sources :
People – 3 avril 2026 – lien