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Florent Massot. Photo : @Greg Fiori

Ça Presse : Entretien avec l’éditeur Florent Massot à l’occasion de la sortie de « 100 dessins pour Gaza »

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Présent au festival Ça presse organisé à l’Hôtel de Ville de lyon, l’éditeur Florent Massot s’est confié lors d’une interview sur la sortie événement de l’ouvrage « 100 dessins pour Gaza ». Fort de 43 années de carrière dans le monde du livre, il revient sur son parcours atypique, des prémices du mouvement hip-hop en France à sa vision d’une édition libre, engagée et à contre-courant.

Initié par Jérôme Sier, dessinateur travaillant notamment pour Mediapart, l’ouvrage rassemble 126 dessinateurs de presse internationaux. L’idée originale était de contourner la censure et d’offrir une place aux dessins qui ne trouvaient pas d’écho dans les médias classiques. Le recueil s’ouvre d’ailleurs sur les contributions de grands maîtres du reportage dessiné comme Joe Sacco et Art Spiegelman.

Au-delà de la transmission de l’information, le projet possède une forte dimension humanitaire. Les bénéfices sont directement reversés au PJS (Syndicat des journalistes palestiniens), qui regroupe une vaste majorité des journalistes à Gaza. Sur chaque vente, entre 5 et 12 euros sont dégagés pour l’association, avec pour objectif de récolter entre 40 000 et 50 000 euros. Ces fonds visent à soutenir les reporters sur place qui travaillent dans des conditions extrêmement complexes, survivent souvent sans abri, ainsi que les veuves et les familles endeuillées.

La promotion du livre fait cependant face à une forte autocensure médiatique. Florent Massot dénonce un traitement de l’information « catastrophique » sur Gaza et une sorte de boycotte de la presse mainstream, par peur des polémiques ou à cause de réseaux d’influence. Heureusement, le projet peut compter sur le courage de nombreuses librairies indépendantes et de grandes enseignes qui n’hésitent pas à organiser des rencontres malgré les menaces et le risque d’attaques physiques.

L’ADN d’une maison d’édition engagée et iconoclaste

Pour Florent Massot, l’édition ne doit pas se limiter au divertissement ; elle doit conserver un fond politique et ouvrir des espaces d’expression alternatifs. Face à un marché où comme dans la presse, 90 % des maisons d’édition sont détenues par seulement dix oligarques et milliardaires, l’indépendance de sa structure est cruciale pour proposer une réelle diversité.

C’est cette ligne éditoriale audacieuse qui lui a permis de publier des succès retentissants, souvent refusés ailleurs. Il a notamment offert un espace à Virginie Despentes pour son premier roman « Baise-moi » (refusé par toutes les autres maisons d’édition en France), édité Crépuscule de Juan Branco, et co-réalisé dans le plus grand secret la publication de Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler. En imposant son propre nom sur les couvertures de ses ouvrages, l’éditeur assume la pleine responsabilité de ses choix éditoriaux.

Les racines underground : Pionnier du Graffiti et de la culture urbaine

L’engagement de Florent Massot puise sa source dans les cultures alternatives de la fin des années 80. Éditeur dès l’âge de 17 ans, il a été un témoin et un acteur privilégié de l’arrivée du mouvement hip-hop et du graffiti en France. C’est lui qui a publié « Paris Tonkar », le tout premier ouvrage consacré au graffiti en Europe, ainsi que le fanzine emblématique « Intox », diffusé à 20 000 exemplaires dans les kiosques de l’Hexagone à une époque où Internet n’existait pas.

Dans les années 90, il a également organisé la mémorable exposition « Paris Graffiti » dans un hôtel particulier, en parallèle d’un événement officiel du Ministère de la Culture. Cette exposition « off » avait réuni des légendes américaines comme Futura et JonOne, aux côtés d’instigateurs français comme Bando.

Fidèle à sa quête d’espaces vierges et indépendants, Florent Massot a choisi de s’éloigner de ce milieu en 1994, dès lors que la récupération commerciale par les majors est devenue trop forte. Toutefois, sa passion pour l’instant présent et l’émergence ne l’empêche pas de revisiter son histoire avec authenticité, comme en témoigne la parution récente d’un livre consacré à Solo, figure historique du groupe Assassin, pionnier du hip-hop français.

En éditant « 100 dessins pour Gaza », Florant Massot reste fidèle à la ligne directrice qui l’anime depuis le début de sa carrière. Jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction, que les vents soient contraires ou favorables.

100 Dessins pour Gaza. Massot éditions. janvier 2026

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