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Jeffrey Epstein. Photo : @New York State Division of Criminal Justice

Affaire Epstein : l’abysse américain d’une justice en perdition

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Sept ans après la mort de Jeffrey Epstein, la publication chaotique de documents censés faire toute la lumière sur l’affaire a ravivé la défiance envers les institutions américaines. Transparence incomplète, protection des victimes défaillante et soupçons d’ingérence politique composent un tableau sombre. Plus qu’un scandale judiciaire, l’affaire Epstein apparaît désormais comme le symptôme d’un système incapable de se juger lui-même.

Comment continuer à faire confiance au gouvernement des États-Unis ? La question hante Washington depuis la diffusion précipitée et largement critiquée des documents liés à l’affaire Epstein. Mort en prison en 2019, officiellement par suicide, Jeffrey Epstein demeure, sept ans plus tard, une figure spectrale qui révèle les failles béantes de l’appareil judiciaire et politique américain. Dans ce contexte déliquescents des rumeurs affirment même que le financier serait toujours vivant.

La première inculpation d’Epstein pour des faits de pédocriminalité remonte à 2006. Deux décennies plus tard, l’espoir existait de refermer ce dossier empoisonné. En novembre dernier, le Congrès avait d’ailleurs adopté, à une quasi-unanimité bipartisanes, une loi imposant une transparence totale. Trois objectifs avaient été fixés : enquêter sérieusement sur le réseau d’Epstein et ses ramifications au sommet de l’État, protéger l’anonymat des victimes et engager des poursuites judiciaires claires. Aucun de ces engagements n’a été tenu.

Les documents rendus publics apparaissent lacunaires. Des noms et des photographies de jeunes victimes présumées ont été exposés sans ménagement, tandis que certaines figures centrales du pouvoir ont fait l’objet de caviardages manifestes. Le contraste est saisissant, notamment lorsque le nom du président américain, et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald JTrump, apparaît de manière fragmentaire, voire effacée, là où d’autres élites, y compris européennes, se retrouvent pleinement exposées. L’une des promesses de campagne du président américain était la révélation de tous les Epstein Files, mais il a ensuite freiné des deux fers au grand désespoir de ses plus fervents supports tels que Tucker Carlson. Lors de sa brouille avec Trump, Elon Musk avait annoncé lancé une bombe affirmant que si les Epsteins Files n’étaient pas rendu public cela était du au fait que Donald Trump figurait tout en haut de la liste.

Sous pression judiciaire, les Files ont finalement été publiés caviardés et édulcorés de leurs passages les plus choquants. On imagine le pire alors que les documents publiés évoquent des victimes enterrées près du Zoro Ranch après avoir été étranglées lors de séances de sex fétichistes. Le ministère américain de la Justice avait pourtant confirmé juste après la publication des documents qu’aucun élément contenu dans les documents liés à Jeffrey Epstein ne permettait, à ce stade, d’engager des poursuites pénales. 

Le fait d’avoir jeté en pâture des victimes tout en protégeant les élites alimente un profond sentiment d’injustice. Aux États-Unis, l’idée d’une impunité structurelle s’impose alors qu’aucune conséquence politique ou judiciaire tangible n’a suivi ces révélations. La désillusion était pourtant prévisible dans une administration où le Département de la justice semble de plus en plus instrumentalisé à des fins politiques, au détriment de sa mission fondamentale.

Le contraste est d’autant plus frappant que les autorités fédérales ont mobilisé des moyens considérables pour poursuivre les acteurs de l’assaut du Capitole ou alimenter les enquêtes liées à la thèse infondée d’une élection présidentielle « volée » en 2020. Dans ce contexte, espérer une transparence totale sur une affaire où le nom du chef de l’exécutif apparaît à de multiples reprises relevait sans doute de l’illusion.

L’onde de choc s’étend également au camp démocrate. L’évocation du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Bill Clinton dans les documents liés à Epstein parachève une crise de confiance déjà profonde envers les élites dirigeantes. D’autant plus que les noms d’autres géants américains tels que le contributeur du FEM, Bill Gates, figurent également dans les documents. Ce scandale, l’un des plus graves de l’histoire politique américaine, contribue à fragiliser des institutions qui semblent osciller au bord du précipice.

En 2025, près des deux tiers des Américains déclaraient ne plus faire confiance au gouvernement fédéral. À la lumière de l’affaire Epstein et de son traitement, cette défiance apparaît moins comme une dérive que comme une réaction rationnelle face à un système qui peine, désormais, à rendre justice. Ce constat pourrait s’appliquer à la France où Epstein séjournait la moitié de l’année et où l’un de ses principaux pourvoyeur de jeunes femmes s’est également suicidé. Selon la journaliste Laurence Haïm, de nombreux documents impliquant des Français de premier plan dans l’affaire sont d’ailleurs « en train de disparaître ».

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