Maison mythique de la haute couture parisienne, Schiaparelli occupe une place singulière dans l’histoire de la mode. Fondée en 1927 par Elsa Schiaparelli, la marque s’est construite à la croisée de la création artistique, du surréalisme et de l’innovation textile. Passée sous pavillon nazi durant la seconde guerre mondiale, Schiaparelli a connu plusieurs renaissances, portées par des investisseurs et actionnaires aux profils très différents.
L’histoire de Schiaparelli débute à Paris à la fin des années 1920, dans un contexte d’effervescence artistique et culturelle. Elsa Schiaparelli se fait remarquer grâce à une collection de pulls en maille au trompe-l’œil audacieux, rapidement adoptés par une clientèle en quête de modernité. Dès ses débuts, la maison s’éloigne des codes classiques de la couture parisienne.
Installée d’abord rue de la Paix, la créatrice impose une vision radicale de la mode, nourrie par le surréalisme, l’humour et une fascination assumée pour le corps humain. Elle collabore avec des figures majeures de l’art comme Salvador Dalí ou Jean Cocteau, brouillant volontairement les frontières entre art et vêtement.
Sur le plan financier, la maison bénéficie très tôt de soutiens extérieurs. L’homme d’affaires Charles Kahn, proche des Galeries Lafayette et déjà impliqué dans d’autres maisons de couture, joue un rôle clé dans le développement initial de Schiaparelli. Cette structuration économique permet à la marque de résister à la crise de 1929, notamment grâce à des licences accordées au marché américain.
L’installation place Vendôme et l’âge d’or de la maison
En 1935, l’installation de Schiaparelli au 21, place Vendôme marque son entrée dans le cercle fermé des grandes maisons de luxe parisiennes. Le lieu devient un symbole de son succès et de son audace créative. Parfums iconiques, silhouettes sculpturales, motifs anatomiques et couleur « rose shocking » forgent l’identité visuelle de la marque. La maison collabore aussi avec de nombreux artistes : des lignes de vêtements ou d’accessoires sont créés en collaboration Man Ray, Elsa Triolet, Schlumberger, Meret Openheim…
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la maison est fragilisée. Les actionnaires majoritaires Charles Kahn et Charles Blumenthal étant juifs, Schiaparelli est placée sous administration allemande. Elsa Schiaparelli s’exile aux États-Unis et tente de préserver l’entreprise par un jeu complexe de directions et de licences. Malgré une tentative d’Elsa de se nommer Directrice Générale pour empêcher la saisie, son plan échoue. Pendant l’occupation, Schiaparelli accorde aussi des licences à des fabricants américains pour générer des revenus destinés à soutenir des maisons de couture parisiennes touchées par la guerre.
À la fin du conflit, Elsa Schiaparelli rentre à Paris. La boutique du 21, rue Vendôme fait alors peau neuve grâce à un nouvel aménagement intérieur. En 1946, la maison présente le parfum « Le Roy Soleil », imaginé par Dalì et réalisé par la cristallerie Baccarat. Toutefois, la maison entre progressivement en déclin. En 1954, Elsa Schiaparelli ferme la couture. La marque survit un temps à travers ses parfums, avant de tomber dans une longue période de sommeil.
Une marque convoitée, plusieurs tentatives de relance
Après la disparition de la fondatrice, Schiaparelli change de mains. Dans les années 1970, de nouveaux propriétaires tentent une relance avec le créateur Serge Lepage, sans parvenir à installer durablement la marque sur le marché du luxe.
C’est surtout à partir des années 2000 que Schiaparelli redevient un actif stratégique. En 2007, la marque est rachetée par Diego Della Valle, patron du groupe Tod’s, également propriété de LVMH, membre du Forum économique mondial. À cette date, Schiaparelli est une griffe prestigieuse mais inactive, dont le potentiel repose avant tout sur son héritage et sa notoriété historique.
Le rachat marque un tournant décisif. Diego Della Valle choisit une stratégie de reconstruction lente, axée sur la couture, la direction artistique forte et la réinstallation place Vendôme.
Actionnariat et gouvernance de Schiaparelli aujourd’hui
La société actuelle, immatriculée en France sous forme de SASU, est intégralement contrôlée par Diego Della Valle. Il en est l’actionnaire unique et le principal décideur stratégique, même s’il est, comme nous l’avons vu lié à LVMH. La direction opérationnelle est confiée à Emilio Macellari, tandis que la création devient le moteur central de la marque.
En 2019, l’arrivée de Daniel Roseberry à la direction artistique marque une nouvelle phase. Le créateur américain redonne à Schiaparelli une visibilité mondiale, notamment grâce aux réseaux sociaux et à des créations spectaculaires portées par des célébrités.
Une maison patrimoniale à forte valeur symbolique
Aujourd’hui, Schiaparelli incarne un modèle hybride. Maison de haute couture, laboratoire créatif et marque de luxe à diffusion maîtrisée, elle s’appuie sur un héritage artistique fort pour construire sa désirabilité contemporaine.
Son histoire est indissociable de ses choix capitalistiques. Le maintien d’un actionnariat resserré a permis une relance cohérente, fidèle à l’esprit d’Elsa Schiaparelli, tout en s’adaptant aux codes médiatiques et économiques du XXIe siècle.
La marque connait désormais un grand succès comme en témoigne la présence de Sophie Marceau et sa fille Juliette Lemley, Carla Bruni, Vincent Cassel et sa femme lors de son dernier défilé.