Des navires sollicitent par courriel des autorisations de passage en mer Rouge auprès d’un centre administré par les houthistes. Des échanges examinés par le Wall Street Journal documentent cette pratique, sans établir qu’elle concerne l’ensemble du trafic maritime ni qu’elle garantit la sécurité des équipages.
Pour traverser le détroit de Bab el-Mandeb, à l’entrée méridionale de la mer Rouge, certains navires commerciaux adressent désormais un courriel à une structure administrée par les houthistes. Selon Le Monde, qui relaie une enquête du Wall Street Journal, des messages attribués au mouvement yéménite répondent à des demandes d’autorisation de passage. Le quotidien américain indique avoir examiné des échanges électroniques et recueilli des témoignages de marins, rapporte également Middle East Eye.
Dans les demandes décrites par ces médias, les expéditeurs précisent notamment que leur navire n’a pas de lien avec Israël, les États-Unis ou le Royaume-Uni et communiquent une date prévisionnelle de transit. Les réponses documentées montrent comment les houthistes transmettent leurs consignes aux opérateurs qui les contactent. Elles ne permettent toutefois pas de conclure que cette démarche est suivie par tous les navires empruntant cette route.
Des courriels pour préparer la traversée
Un échange évoqué par Middle East Eye porte sur un navire non identifié qui demande une confirmation avant de traverser, après avoir déclaré ne pas avoir de lien avec les trois pays mentionnés dans son message. D’après les comptes rendus des courriels examinés par le Wall Street Journal, les réponses peuvent parvenir dans les vingt-quatre heures lorsqu’une demande reçoit une suite. Ce délai rapporté ne constitue pas un engagement applicable à chaque transit.
Le Jerusalem Post décrit un autre cas, celui du porte-conteneurs chinois Zhong Cheng Chang Ling. Selon le média, le navire aurait reçu une autorisation valable sept jours. Le courriel lui demandait de laisser fonctionner son système d’identification automatique, ou AIS, qui transmet notamment sa position et son identité, ainsi que le canal radio VHF 16. Ces indications précisent les conditions communiquées dans ce cas particulier, sans permettre de les généraliser à l’ensemble des réponses envoyées aux navires.
Les messages présentés par le Jerusalem Post orientent aussi les équipages vers une ligne téléphonique et un service d’alertes par courriel. Les échanges ne se limitent donc pas à une réponse positive ou négative : ils servent également à communiquer des instructions et à maintenir un canal de contact avec les bâtiments qui sollicitent le centre.
Le rôle du centre de coordination houthiste
Les demandes passent par le Humanitarian Operations Coordination Center, ou HOCC, une structure administrée par les houthistes. D’après le Jerusalem Post, le mouvement l’a mise en place au début de 2024 pour traiter les démarches relatives au trafic maritime et transmettre ses restrictions ou ses consignes aux opérateurs. Cette fonction explique pourquoi des équipages cherchant à préparer leur traversée s’adressent à ce centre plutôt qu’à un interlocuteur individuel.
Le détroit de Bab el-Mandeb relie la mer Rouge à la zone maritime située au sud de celle-ci. Dans les courriels rapportés, l’absence déclarée de liens avec Israël, les États-Unis et le Royaume-Uni occupe une place centrale. Il s’agit toutefois de déclarations faites par les demandeurs, et non d’une vérification indépendante de leurs activités, de leurs propriétaires ou de leurs itinéraires.
Le dispositif décrit repose ainsi sur deux séries d’informations distinctes : celles que les navires choisissent de transmettre et les réponses envoyées par la structure houthiste. Les documents cités par les médias montrent que certains opérateurs ont adopté cette démarche. Ils ne renseignent ni sur le nombre total de demandes reçues par le HOCC ni sur la proportion de navires qui traversent le détroit sans le contacter.
Une réponse qui ne garantit pas la sécurité
Le terme d’« autorisation » désigne ici une réponse émanant des houthistes. Il ne doit pas être confondu avec un régime de navigation reconnu par les autorités maritimes internationales. Les courriels documentent une pratique entre certains navires et le mouvement yéménite ; ils n’établissent pas qu’une réponse favorable apporte une garantie juridique ou matérielle de sécurité pendant la traversée.
Le média spécialisé Marine Insight relève que des recommandations citées dans les comptes rendus demandent aux navires de ne pas solliciter le HOCC et de ne pas prendre contact avec lui. Cette mise en garde souligne la différence entre le comportement de certains équipages, tel qu’il apparaît dans les échanges rapportés, et les conseils de navigation mentionnés par le média. Les informations disponibles ne permettent pas de déterminer pourquoi chaque navire choisit de demander, ou non, une réponse au centre.
Le cas du Zhong Cheng Chang Ling illustre enfin la portée limitée des exemples publiés : une durée de validité, des consignes radio et le maintien de l’AIS sont documentés pour ce navire, mais rien n’indique que les mêmes modalités s’appliquent à tous les bâtiments. Pour apprécier l’étendue du dispositif, il faudrait disposer de données sur les demandes, les réponses et les traversées effectivement réalisées, que les sources citées ne fournissent pas.
Les courriels examinés par le Wall Street Journal établissent que certains navires cherchent à obtenir une réponse des houthistes avant de traverser la mer Rouge. Ils ne permettent ni de mesurer l’ampleur de cette pratique ni de considérer une autorisation reçue par courriel comme une garantie de passage sûr.
Sources
Middle East Eye : https://www.middleeasteye.net/live-blog/live-blog-update/yemens-houthis-granting-ships-safe-passage-email-report
The Jerusalem Post : http://members.jpost.com/middle-east/article-914072
Marine Insight : https://www.marineinsight.com/ship-captains-e-mail-houthis-to-obtain-permission-for-safe-passage-through-red-sea/