L’arrivée de Sonia Mabrouk à BFMTV a viré au psychodrame. En quelques jours, la chaîne info a vu un grand reporter mettre en cause sa nouvelle recrue sur un plateau concurrent, plus de 200 journalistes écrire à la direction pour dénoncer des dérives éditoriales, et les vedettes de l’antenne former une haie d’honneur autour de la présentatrice.
Mercredi soir, à la sortie de son émission 100% Mabrouk, la présentatrice a trouvé du monde sur son chemin. Christophe Delay, Julien Arnaud, Olivier Truchot et Alain Marschall, quatre visages historiques de BFMTV, s’étaient alignés pour l’applaudir, selon Puremédias. La direction aussi avait fait le déplacement : Fabien Namias, directeur de la chaîne, Jean-Philippe Baille, directeur général délégué à l’information, et Camille Andrieu pour CMA Media.
Un participant parle d’un geste de solidarité. Dans une rédaction, on appelle aussi cela choisir son camp.
Tout est parti d’un plateau de Quotidien
Le feu a pris le lundi 3 novembre, sur le plateau de Quotidien. Igor Sahiri, grand reporter à BFMTV, y a expliqué que sa nouvelle collègue concentrait l’hostilité à l’extérieur de la chaîne et que certains journalistes s’interrogeaient sur son recrutement. Sonia Mabrouk, passée par neuf années à CNews avant de rejoindre BFMTV cet été, a vécu ces mots comme une attaque venue de l’intérieur. Elle souhaiterait une sanction, rapporte Puremédias.
La direction a demandé au reporter des excuses publiques. Igor Sahiri a proposé une explication en tête-à-tête. La présentatrice a refusé de le recevoir, selon le site Hipomedia, qui la décrit arrivant en larmes dans les locaux de la chaîne le lendemain.
Plus de 200 signatures contre les « dérives éditoriales »
Le même jour, une lettre signée par plus de 200 journalistes a atterri sur le bureau de la direction. Les signataires y réclament des mesures précises : que les présentateurs reprennent systématiquement les propos discriminatoires tenus à l’antenne, que les invités soient mieux choisis, que le reportage passe avant le débat et que les mouvements sociaux soient couverts de manière plus équilibrée. L’objectif affiché est d’éviter que la chaîne ne soit perçue comme complaisante envers les propos racistes.
Ce n’est pas un coup de tonnerre isolé. Quelques jours plus tôt, 160 techniciens de RMC BFM avaient adressé un courrier comparable. Le malaise dépasse donc le seul cas de la présentatrice et touche à la ligne éditoriale d’une chaîne passée en 2024 sous le contrôle du groupe CMA CGM de Rodolphe Saadé.
La direction serre les rangs
Jean-Philippe Baille a assuré Sonia Mabrouk de l’entier soutien de la direction et a qualifié les critiques de campagne de déstabilisation, selon Puremédias. Pour répondre à la rédaction, la chaîne annonce une cellule chargée de centraliser les demandes d’invités et un baromètre mensuel du pluralisme.
En coulisses, Jean-Philippe Baille aurait aussi tenté de faire signer une lettre de soutien à la présentatrice, sans résultat concret à ce stade, selon Hipomedia. Le même site évoque des rumeurs de mise en retrait de Sonia Mabrouk, une hypothèse qu’aucune source officielle n’a confirmée.
Dans les couloirs, un journaliste décrit une ambiance très tendue. Le même jour, l’émission de la présentatrice recevait Jean-Philippe Tanguy, Marine Tondelier et Frédéric Souillot. Un député RN, une écologiste, un syndicaliste de FO : sur le plateau, le pluralisme se porte bien.
Reste à savoir combien de temps une chaîne d’information peut tenir avec une antenne qui fait bloc et une rédaction qui fait front. À BFMTV, la haie d’honneur a des allures de ligne de démarcation.
Sources : Puremédias, Hipomedia. Sujet repéré dans Le Figaro.