Face à la menace russe, la Norvège, la Finlande et la Pologne forment désormais directement leurs civils au maniement des armes, au pilotage de drones et aux premiers secours. Abris antiaériens, réservistes par dizaines de milliers et cours de tir dès 14 ans : ces trois pays préparent leur population à l’hypothèse d’un conflit, selon Le Parisien et le quotidien allemand Bild.
Avocats, électriciens, banquiers, agriculteurs. Une fois par an, ils posent leur journée de travail et enfilent l’uniforme. En Norvège, la Garde nationale, le Heimevernet, compte plus de 40 000 réservistes, presque deux fois les effectifs de l’armée régulière, qui tournent autour de 23 000 militaires. En septembre, quelque 5 000 d’entre eux ont participé, armés, au plus grand exercice de l’année dans la région d’Oslo.
Le gouvernement a fait de 2026 l’année de la « défense totale », une doctrine qui associe armée, institutions, entreprises et citoyens. Selon les chiffres rapportés par Le Parisien, 85 % des Norvégiens soutiennent le service militaire obligatoire. Le pays dispose de 19 000 abris, de quoi accueillir plus de la moitié de ses 5,5 millions d’habitants. Chacun est invité à garder des réserves chez soi et à connaître l’abri le plus proche.
En Finlande, des abris pour 4,8 millions de personnes
La Finlande, qui partage 1 340 kilomètres de frontière avec la Russie et a rejoint l’Otan en 2023, applique depuis longtemps un modèle de défense de toute la société. Environ 45 000 réservistes s’entraînent chaque année au combat urbain, au pilotage de drones et à la médecine de guerre. Les civils peuvent suivre des cours volontaires de maniement d’armes et de secourisme. Lors d’un exercice récent, plus de 2 000 participants se sont exercés à répondre à des cyberattaques, à des coupures de courant et à des menaces de frappes de missiles.
Le pays compte environ 50 500 abris, d’une capacité totale de 4,8 millions de personnes pour 5,6 millions d’habitants. En temps de paix, beaucoup servent de gymnases ou de parkings. En cas d’alerte, ils doivent être opérationnels sous 72 heures.
La Pologne apprend le tir à l’école
Frontalière de l’enclave russe de Kaliningrad et de la Biélorussie, alliée de Moscou, la Pologne a lancé en 2025 le programme « wGotowości », littéralement « en alerte ». Ces stages de fin de semaine enseignent les compétences militaires de base et les procédures d’évacuation. Environ 18 000 personnes se sont inscrites dans les premières semaines. Un second dispositif, « Trenuj z wojskiem » (« Entraîne-toi avec l’armée »), encadré par des militaires, initie les civils au maniement des armes et au lancer de grenades d’exercice. Dans certaines villes, les listes d’attente s’allongent.
L’éducation à la défense est entrée dans les programmes scolaires. Les élèves y apprennent les premiers secours, les techniques de survie et les réflexes en cas de conflit armé. Les exercices de tir commencent dès 14 ans.
Ce que la France n’a pas
Le contraste avec l’Hexagone saute aux yeux. La France ne dispose d’aucun réseau comparable d’abris civils, et son service national universel n’a jamais pris la forme d’une formation militaire de masse. Les pays du flanc nord-est de l’Europe, eux, ont tiré de la guerre en Ukraine une conclusion simple : une armée seule ne défend pas un pays, une population préparée si. La Suède voisine a d’ailleurs relancé, elle aussi, sa doctrine de défense totale et diffusé à tous les foyers une brochure expliquant quoi faire en cas de crise ou de guerre.
À Oslo, Helsinki ou Varsovie, la menace russe n’est plus un sujet de colloque. Elle est devenue une ligne dans l’agenda des citoyens, entre le bureau et les courses. Le reste de l’Europe regarde, et compte ses abris.