Le budget 2027 de Sébastien Lecornu a été rejeté en première lecture à l’Assemblée nationale, par 458 voix contre et aucune pour. Selon Le Figaro, qu’il soit adopté par 49.3 ou par ordonnances, le texte final devrait rester très proche de la copie initiale du Premier ministre, fruit de semaines d’arbitrages discrets. Le Sénat s’en saisit à partir du 20 novembre.
Il est rare qu’un gouvernement réussisse à mettre tout le monde d’accord. Sébastien Lecornu y est parvenu, mais contre lui. Le mercredi 4 novembre, après une dizaine de jours de débats, les députés ont rejeté la partie recettes du projet de loi de finances pour 2027 par 458 voix contre, aucune voix pour et deux abstentions dans le groupe communiste et ultramarin, rapporte l’AFP. Même les groupes qui soutiennent l’exécutif ont voté contre.
En chemin, l’Assemblée avait détricoté plusieurs mesures d’économies : celles qui touchaient l’abattement dont bénéficient les retraités, celles qui visaient les collectivités, ainsi que la surtaxe sur les grandes entreprises. Le ministre des Comptes publics avait critiqué ces choix. Le texte part donc au Sénat dans sa version initiale, à partir du 20 novembre.
« Pas de cirque habituel »
C’est le titre du récit que Le Figaro consacre le 5 novembre aux coulisses de ces arbitrages : « On ne va pas faire le cirque habituel ». Selon le quotidien, le Premier ministre a imprimé sa marque et sa méthode lors de semaines de préparation intenses et discrètes. Et, quelle que soit l’issue, 49.3 ou ordonnances, considérés comme les scénarios les plus probables, le budget final devrait coller de très près à la version originelle du gouvernement.
Le paradoxe mérite d’être souligné. À la rentrée, selon L’Opinion, Sébastien Lecornu affirmait vouloir se passer et du 49.3 et des ordonnances, à condition que les oppositions renoncent à l’obstruction. Le vote unanime du 4 novembre a rebattu les cartes. Matignon fait savoir que le temps du compromis viendra plus tard, et renvoie à décembre la recherche d’un accord entre la version gouvernementale et celle du Sénat.
Un déficit à 5 % comme ligne de flottaison
Derrière la bataille de procédure, il y a des chiffres. Le projet initial vise un déficit public de 5 % du PIB en 2027, contre 5,4 % attendu pour l’année en cours. Une trajectoire que Bruxelles surveille et que les marchés scrutent. Chaque mesure retirée par les députés éloignait un peu plus cet objectif, ce qui explique la volonté de l’exécutif de revenir à sa copie.
L’an dernier, le Parti socialiste avait conclu avec Sébastien Lecornu un accord de non-censure. Aucun compromis comparable n’apparaît à ce stade. Côté Rassemblement national, Jordan Bardella réclame le vote en urgence d’une règle d’or budgétaire inscrite dans la Constitution, un principe défendu par Marine Le Pen.
La rue en toile de fond
Le calendrier n’aide pas. Le 5 novembre, la mobilisation contre la vie chère a réuni environ 1,6 million de manifestants selon les organisateurs, 600 000 selon les autorités. Un budget adopté sans vote dans ce climat comporte un risque politique que les arbitrages techniques ne suffisent pas à effacer.
Les deux voies restantes ont chacune leur prix. Le 49.3 engage la responsabilité du gouvernement et l’expose à une motion de censure, que les oppositions auraient tout loisir de déposer. Les ordonnances, prévues par la Constitution si le Parlement ne s’est pas prononcé dans un délai de soixante-dix jours, n’ont jamais été utilisées pour un budget sous la Ve République. Elles éviteraient la censure immédiate, mais au prix d’un procès en contournement du Parlement que les oppositions ne manqueraient pas d’instruire.
Sébastien Lecornu voulait éviter le cirque. Il pourrait finir par se passer du public. Reste à savoir si la censure, elle, accepte de rester en coulisses.