À la veille des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, Donald Trump avait prévenu qu’il deviendrait « Mr. Veto » si les républicains perdaient le Congrès. Les démocrates ayant pris le contrôle du Sénat et repris la Chambre des représentants, le président américain menace désormais de bloquer leurs textes. Une arme redoutable, que seule une majorité des deux tiers peut neutraliser.
Le surnom, il se l’est donné lui-même. Interrogé le lundi 2 novembre dans le podcast Pod Force One du New York Post, Donald Trump a expliqué, selon Newsweek, qu’il deviendrait « Mr. Veto » en cas de défaite dans les deux chambres. Il opposerait son veto à tout, avant qu’un accord finisse, selon lui, par être trouvé après un ou deux mois de blocage.
Le scénario redouté par la Maison-Blanche s’est produit. Les démocrates ont remporté le Sénat, en arrachant notamment des sièges au Texas, au Kansas et en Caroline du Sud, et reprennent la Chambre. Au soir de la défaite, le ton a d’abord été conciliant. Sur CBS News, rapporte Open Magazine, Donald Trump a félicité les démocrates et dit vouloir travailler avec eux. Avant de rappeler qu’il disposait d’un droit de veto total et qu’il l’utiliserait si le Congrès ne coopérait pas. Sur Fox News, il a promis de rejeter les textes qu’il jugerait insensés, et attribué la déroute républicaine à son absence sur le bulletin de vote.
Dix jours pour dire non
Le mécanisme est inscrit dans la Constitution américaine. Lorsqu’un texte adopté par les deux chambres arrive sur son bureau, le président dispose de dix jours, dimanches exceptés, pour le signer ou le renvoyer au Congrès avec ses objections. S’il laisse filer ce délai alors que le Congrès a ajourné ses travaux, le texte meurt sans même un refus formel : c’est le « pocket veto », le veto de poche.
Le Congrès peut passer outre, mais la barre est haute. Il faut une majorité des deux tiers dans chacune des deux chambres. Avec des majorités démocrates étroites, la condition suppose le ralliement de nombreux élus républicains. L’histoire montre que le cas reste rare. Lors de son premier mandat, Donald Trump a opposé dix vetos, et un seul a été surmonté, sur le budget de la Défense, le 1er janvier 2021. Le record appartient à Franklin D. Roosevelt, avec 635 vetos en douze ans.
Cohabitation à l’américaine
Un président privé des deux chambres n’a rien d’exceptionnel. Selon Newsweek, la situation s’est produite 24 fois sur 114 législatures, dont 16 au cours des soixante-dix dernières années. Ronald Reagan, Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama sont passés par là, sans renoncer à légiférer : Bill Clinton a fait adopter la réforme de l’aide sociale en 1996, Barack Obama plusieurs lois sur l’éducation et les transports après 2014.
Le contexte, lui, est particulièrement bloqué. Le Congrès sortant n’a adopté que 121 lois depuis janvier 2025, l’un des plus faibles bilans en quarante ans selon une étude du Pew Research Center citée par Newsweek. Et le veto n’est pas le seul front. Un Sénat démocrate pèsera sur les nominations, notamment dans la justice et les agences fédérales. Une Chambre démocrate pourra multiplier auditions et citations à comparaître. Donald Trump, de son côté, s’appuie sur l’arrêt de la Cour suprême Trump v. Slaughter, qui renforce selon lui son autorité sur les agences.
Deux ans de cohabitation s’ouvrent à Washington. Le président tient le stylo, le Congrès tient la plume. Reste à savoir qui se lassera le premier d’écrire pour rien.
Sources complémentaires : Newsweek ; Open Magazine