Le drone terrestre Renault s’appelle Forefront. Présenté le 3 novembre 2026 avec le groupe belge John Cockerill, ce robot militaire électrique et téléopéré est composé à environ 70 % de pièces issues de l’automobile civile. Capable de porter une tonne sur 400 kilomètres, il doit être testé par les forces armées françaises dans les prochaines semaines, sans contrat ferme à ce stade.
Trois mètres et demi de long, pas de cabine, pas de volant. Le Forefront Concept ressemble à un châssis de voiture débarrassé de tout ce qui sert au conducteur. Deux moteurs électriques, quatre roues motrices et directrices, une capacité à grimper des pentes de 60 % et une charge utile pouvant atteindre une tonne. Renault annonce une autonomie d’environ 400 kilomètres, éventuellement complétée par un prolongateur, selon Autozen.
Le véhicule peut être piloté à distance ou évoluer de manière autonome. Ses missions militaires envisagées couvrent la logistique, la reconnaissance, l’évacuation sanitaire, la lutte anti-drones et l’appui feu, selon les équipements embarqués.
70 % de pièces de voiture
C’est l’argument massue du projet, relevé par Capital et Presse-citron. Environ sept pièces sur dix proviennent de la production automobile civile. De quoi réduire fortement les coûts de fabrication et les délais, deux talons d’Achille de l’industrie de défense européenne. Renault fournit la plateforme, les batteries, les moteurs et ses méthodes industrielles. John Cockerill, groupe fondé en 1817 et devenu un fournisseur majeur de l’armée de Terre après le rachat d’Arquus, apporte la téléopération, la robotique et l’intégration militaire.
François Provost, directeur général de la marque Renault, présente le concept comme une démonstration de ce que le savoir-faire du groupe peut apporter aux robots terrestres. Objectif affiché : réduire l’exposition des soldats au danger.
Des tests, pas encore de commande
Renault et John Cockerill annoncent des essais et exercices avec les forces armées françaises dans les prochaines semaines, et des tests en Belgique sont également évoqués. Aucun contrat n’a été signé, ni avec Paris ni avec Bruxelles. Le Forefront reste un démonstrateur. Le constructeur n’en est pas à son coup d’essai dans la défense : il travaille déjà avec Turgis-Gaillard sur le drone aérien Chorus, qui a décroché fin 2025 un contrat de 35 millions d’euros de la Direction générale de l’armement.
Inquiétudes en interne
Le virage militaire ne fait pas l’unanimité. Le site Reporterre a recueilli l’inquiétude de salariés de Renault, peu enclins à voir leur entreprise fabriquer des armes. Le groupe insiste de son côté sur les usages civils possibles du Forefront : sécurité civile, surveillance d’infrastructures, interventions en zones dangereuses. Le débat illustre le basculement d’une partie de l’industrie automobile vers l’économie de guerre prônée par l’exécutif depuis 2022.
Le Forefront s’inscrit dans une tendance de fond. En Ukraine, les robots terrestres sont devenus courants pour ravitailler les positions avancées ou évacuer des blessés sans exposer de soldats. En France, l’exécutif plaide depuis 2022 pour une économie de guerre, invitant les industriels civils à mettre leurs capacités au service de la défense. John Cockerill, qui a finalisé le rachat d’Arquus à Volvo en 2024, cherche de son côté à élargir son offre au-delà des blindés classiques.
Renault a longtemps promis la voiture sans chauffeur. La première pourrait bien arriver en treillis.
Sources : Capital ; Presse-citron ; Autozen ; Reporterre