Exit tax en Italie : Giorgia Meloni cible les super-riches qui partent

L’exit tax en Italie fait une entrée discrète dans le projet de budget 2027 du gouvernement de Giorgia Meloni. Le texte prévoit de taxer à 26 % les plus-values latentes des contribuables détenant plus de 800 000 euros d’actifs qui transfèrent leur résidence fiscale à l’étranger. Un virage pour un pays qui a passé dix ans à attirer les grandes fortunes à coups de forfait fiscal.

La mesure n’avait pas été annoncée. Elle figure pourtant dans le projet de loi de finances italien pour 2027, selon Les Échos et le quotidien britannique The Telegraph. Le principe : appliquer un prélèvement de 26 % sur les plus-values des personnes qui quittent l’Italie pour s’installer fiscalement ailleurs, au-delà d’un seuil de 800 000 euros d’actifs.

Selon La Repubblica, citée par The Telegraph, le dispositif viserait les contribuables ayant été résidents italiens six années sur les dix précédentes. Ce critère pourrait toucher des étrangers fortunés arrivés récemment, notamment des Britanniques, qui se croyaient à l’abri.

Du tapis rouge au péage

Le contraste est saisissant. En 2017, l’Italie lançait un forfait de 100 000 euros par an sur les revenus de source étrangère, destiné à séduire les grandes fortunes. Le dispositif a fonctionné. Selon le cabinet Henley & Partners, environ 3600 millionnaires se sont installés en Italie en 2025, ce qui place le pays derrière les seuls États-Unis et Émirats arabes unis.

Face aux critiques, le gouvernement Meloni a doublé le forfait à 200 000 euros en 2024, avant de le porter à 300 000 euros. Milan, la côte amalfitaine et une fiscalité douce sur le patrimoine mondial ont attiré banquiers, industriels et héritiers, souvent venus de Londres après la fin du statut de non-domicilié britannique.

Une taxe au rendement incertain

Le gouvernement n’a pas publié d’estimation de recettes, selon The Telegraph. Pour BFM TV, le rendement attendu serait modeste, au risque de faire fuir les contribuables que le pays a mis des années à attirer. Les économistes cités par le quotidien britannique rappellent qu’une exit tax peut produire l’effet inverse de celui recherché si elle n’entre pas en vigueur dès son annonce : les plus mobiles ont alors le temps de partir avant.

L’Italie ne serait pas un cas isolé. La France applique depuis 2011 une exit tax sur les plus-values latentes des contribuables détenant plus de 800 000 euros de titres. Les États-Unis taxent ceux qui renoncent à leur nationalité ou à leur carte verte au-delà de deux millions de dollars de patrimoine. Au Royaume-Uni, l’ancienne chancelière Rachel Reeves avait envisagé une telle mesure avant d’y renoncer.

Un contexte social tendu

La mesure s’inscrit dans un climat politique sous pression. Des grèves et manifestations contre la vie chère se sont étendues à plus de quarante villes italiennes, selon The Telegraph. Giorgia Meloni affronte des élections législatives en 2027. Son parti, Fratelli d’Italia, reste en tête des sondages, mais sa marge s’érode. Taxer ceux qui partent peut aussi se lire comme un signal envoyé à ceux qui restent.

Les Britanniques sont particulièrement exposés. Environ 66 000 d’entre eux vivent en Italie, dont 60 % ont plus de 55 ans, selon The Telegraph. Parmi les arrivées récentes figurent des fortunes comme le banquier Richard Gnodde, de Goldman Sachs, ou l’homme d’affaires égyptien Nassef Sawiris. Autant de contribuables que la nouvelle taxe pourrait inciter à reconsidérer leur installation, ou à partir avant son entrée en vigueur.

L’Italie a longtemps déroulé le tapis rouge aux grandes fortunes. Elle installe désormais un péage à la sortie.


Sources : Les Échos ; The Telegraph via Yahoo News