Jean-Luc Mélenchon VS médias : les chaînes de télé sous tension

Jean-Luc Mélenchon a ouvert un front contre les chaînes de télévision. Boycott de BFMTV, accrochage en direct avec un journaliste, annulation fracassante d’un passage au 20 Heures de TF1 : en quelques semaines, le chef de La France insoumise a fait monter la tension avec les rédactions. Le Figaro y voit une stratégie d’intimidation, LFI dénonce un traitement médiatique hostile et une dérive vers l’extrême droite.

Dimanche 1er novembre, Anne-Claire Coudray interroge pendant environ huit minutes Édouard Philippe, candidat Horizons à la présidentielle, qui s’est rendu à la réunion du groupe Bilderberg de 2024. Jean-Luc Mélenchon juge racistes les propos tenus sur l’immigration et annonce sur X qu’il ne se rendra pas au 20 Heures du lendemain.

TF1 réplique sèchement. La chaîne défend sa journaliste, qui a mené l’entretien avec professionnalisme et rigueur, et rappelle qu’elle n’annonce les invitations des candidats qu’une fois confirmées. Ce qui n’était pas le cas. Un proche du leader insoumis avait pourtant évoqué cette invitation auprès de l’AFP. Le boycott vise donc un rendez-vous que ni LFI ni TF1 n’avaient confirmé.

BFMTV, cible prioritaire

Avec la chaîne d’information en continu, l’escalade est plus ancienne. En septembre, LFI boycotte BFMTV pendant une semaine pour dénoncer des méthodes qu’elle juge irrespectueuses. Le mouvement revient sur les plateaux le 16 septembre, après avoir obtenu, selon Ozap, des engagements de transparence sur les invités et la publication de correctifs en cas de fausse information. Il maintient toutefois son refus de participer à l’émission de Sonia Mabrouk et aux formats impliquant l’essayiste Raphaël Enthoven ou le maire de Béziers Robert Ménard.

Le 24 octobre, en marge d’une manifestation à Paris, le leader insoumis coupe en direct un journaliste de BFMTV qui l’interroge sur la mobilisation lycéenne et lui reproche des remarques racistes. Le présentateur Olivier Truchot lui répond sur X en retournant sa propre formule : « Ça commence à bien faire Jean-Luc Mélenchon. » Le 26 octobre, la chaîne publie un communiqué dénonçant une campagne de dénigrement visant son antenne et ses journalistes, notamment Sonia Mabrouk.

Les rédactions prises en étau

C’est l’angle relevé par Le Figaro : en prenant à partie les journalistes, y compris sur leurs propres plateaux, LFI risque d’attiser les divisions à l’intérieur des rédactions. Les signaux sont visibles. À RMC-BFM, les syndicats SNJ et CGT ont eux-mêmes reproché à l’émission de Sonia Mabrouk de faire une place excessive à des intervenants d’extrême droite, tout en reliant le racisme décomplexé aux agressions subies par des équipes de tournage lors des manifestations.

LFI, de son côté, met en avant ses propres griefs. Le mouvement cite notamment la diffusion par BFMTV, en avril, d’accusations non vérifiées visant l’eurodéputée Rima Hassan. Fin octobre, l’Arcom a par ailleurs adressé une mise en garde à Radio France après la diffusion sur France Culture d’un montage détournant des propos de Jean-Luc Mélenchon.

Une campagne présidentielle sous tension

À cinq mois du premier tour, le rapport de force ne fait que commencer. Le leader insoumis assume une stratégie de confrontation avec des médias qu’il accuse de partialité, quand ses adversaires y voient une pression incompatible avec la liberté de la presse. Entre les deux, les chaînes doivent continuer d’inviter un candidat qui choisit lui-même ses plateaux.

La relation conflictuelle entre Jean-Luc Mélenchon et la presse n’est pas nouvelle. En 2018, après la perquisition au siège de La France insoumise, il avait estimé publiquement que la haine des médias était juste et saine, une déclaration qui lui avait valu de nombreuses critiques. La campagne de 2027 réactive ce registre, dans un paysage audiovisuel lui-même plus polarisé qu’il y a dix ans.

Le 7 novembre, LFI réunit ses troupes au Bourget. Les caméras seront de la partie. Reste à savoir lesquelles seront les bienvenues.


Source : Le Figaro ; Ozap ; Ozap ; CGTV