Groland ferme ses frontières. Après 34 ans de diffusion sur Canal+, l’émission satirique s’arrêtera le 12 décembre 2026, à l’issue d’une soirée spéciale. La décision vient de ses créateurs, que la chaîne dit respecter pleinement. Avec elle disparaît l’un des derniers vestiges de l’esprit Canal des années 1990, cet humour impertinent qui avait fait la réputation de la chaîne cryptée.
L’annonce est tombée un mardi, sans tambour ni trompette. Canal+ a confirmé que la Présipauté vivait ses dernières semaines d’antenne. Jean-Marc Juramie, directeur général adjoint de Canal+ France, a fait savoir que la chaîne respectait le choix des créateurs, selon lesquels il était temps de conclure l’aventure. Une soirée spéciale, le 12 décembre, refermera trente-quatre ans d’actualité parodiée.
L’équipe ne cache pas le poids symbolique de la fin. Dans Le Populaire du Centre, ses membres se présentent comme « quasiment les derniers représentants du fameux esprit Canal ». La formule sonne comme un constat plus que comme une plainte.
Un pilote refusé par presque tout le monde
Tout commence en 1989 par un pilote dont aucune chaîne ne veut, ou presque. Selon Benoît Delépine, pilier historique de l’équipe, seul Alain de Greef, alors directeur des programmes de Canal+, accepte de tenter l’aventure. L’émission arrive à l’antenne en 1992, en clair, et ne la quittera plus, au gré de multiples changements de nom et de format.
Le principe, lui, n’a jamais bougé. Parodier l’actualité depuis un petit pays imaginaire, le Groland, avec son journal télévisé présenté par Jules-Édouard Moustic, ses reportages de bord de route et ses habitants aussi improbables que familiers. Benoît Delépine et Gustave Kervern y ont rodé l’humour qu’ils ont ensuite porté au cinéma, d’« Aaltra » à « Mammuth ».
Un président parti, une formule rétrécie
Au fil des années, des figures de l’émission sont parties. La plus emblématique, Christophe Salengro, l’inoubliable président de la Présipauté, est mort en 2017. L’émission a continué, mais en se raréfiant. Depuis juin 2025, Groland n’est plus hebdomadaire. Elle survivait en première partie de soirée et sous forme de modules exceptionnels, signe d’un format déjà en voie d’extinction.
La fin d’une époque à Canal+
Le départ de Groland intervient dans une chaîne profondément transformée. Les Guignols de l’info ont disparu en 2018, et l’esprit frondeur qui avait fait la marque de Canal+ dans les années 1990 s’est dilué dans une stratégie centrée sur le sport, le cinéma et les séries. L’émission grolandaise restait l’une des dernières passerelles entre ces deux époques.
Groland a aussi débordé du petit écran. Depuis 2012, Toulouse accueille chaque automne le Festival international du film grolandais, le Fifigrot, devenu un rendez-vous du cinéma décalé. Benoît Delépine et Gustave Kervern ont signé ensemble une dizaine de longs métrages, de « Louise-Michel » à « Effacer l’historique », récompensé par un Ours d’argent à la Berlinale en 2020. Jules-Édouard Moustic, lui, est resté la voix et le visage du journal grolandais pendant plus de trois décennies.
L’émission a souvent payé sa liberté de ton. Parodies de publicités, faux reportages, caricatures de responsables politiques : la Présipauté a régulièrement suscité plaintes et polémiques, sans jamais changer de cap. Son humour reposait sur une idée simple, que la France profonde fantasmée par les médias valait bien un pays à part entière.
Le 12 décembre, la Présipauté fermera ses frontières. Sans visa de sortie pour l’esprit Canal.
Sources : Le Populaire du Centre ; Yahoo Actualités