Le meurtre de Pasolini n’est plus classé. Le 2 novembre 2026, jour du 51e anniversaire de la mort de l’écrivain, cinéaste et journaliste, la justice romaine a ouvert un nouveau dossier d’enquête. À l’origine de cette relance, un témoin jamais entendu par les enquêteurs et une nouvelle lecture d’archives télévisées de la Rai, qui pourraient remettre en cause la thèse d’un assassin solitaire.
La date ne doit rien au hasard. Le 2 novembre 1975, au petit matin, le corps de Pier Paolo Pasolini, 53 ans, est découvert sur un terrain vague de l’Idroscalo d’Ostie, au bord de la mer, à une trentaine de kilomètres de Rome. Cinquante et un ans plus tard, jour pour jour, la procureure Silvia Santucci hérite d’un nouveau dossier, selon ActuaLitté. Le New York Times, cité par Quartz, précise que les enquêteurs de la police judiciaire ont été chargés de reprendre l’affaire.
L’initiative revient à l’avocat Stefano Maccioni. Il avait déposé une demande en novembre 2025, complétée en mai 2026. Il agit pour l’ordre des journalistes du Latium, le cinéaste David Grieco et l’écrivain et éditeur Giovanni Giovannetti. Après dix-huit ans de procédure et deux livres consacrés à l’affaire, l’avocat se dit simplement « modérément satisfait », conscient que la route sera longue.
Un témoin que personne n’avait interrogé
Le dossier repose sur deux éléments. D’abord, une personne présentée comme informée des faits, que les enquêteurs n’avaient jamais entendue. Ensuite, une relecture d’images d’archives du journal télévisé de la Rai. Son identité, comme le contenu exact des images, n’ont pas été rendus publics. Les parties requérantes soutiennent une même idée depuis des années : Pino Pelosi n’était pas seul cette nuit-là.
Pelosi, l’aveu puis le désaveu
Giuseppe « Pino » Pelosi a 17 ans lorsqu’il est arrêté vers 1 h 30 du matin, au volant de l’Alfa Romeo de Pasolini. Les deux hommes s’étaient rencontrés la veille au soir près de la gare Termini, à Rome, avaient dîné puis pris la route d’Ostie. Sur place, les enquêteurs relèvent des morceaux de bois ensanglantés, une mèche de cheveux, une bague gravée « United States Army » et des traces de pneus qui mènent au corps.
Pelosi avoue d’abord, en invoquant la légitime défense. En avril 1976, le tribunal pour mineurs le condamne pour homicide commis avec des inconnus. La cour d’appel écarte ensuite cette complicité, faute de preuves, et la Cour de cassation confirme en 1979 une peine de neuf ans, sept mois et dix jours. En 2005, à la télévision italienne, Pelosi se rétracte et évoque trois hommes à l’accent du Sud. Il varie ensuite encore sur le nombre d’agresseurs. Il est mort en 2017, sans avoir levé le mystère.
Cinq profils génétiques et trois classements
L’affaire a déjà connu plusieurs réouvertures. À partir de 2010, à la demande du même avocat, les carabiniers du RIS réexaminent les pièces à conviction. Leurs rapports de 2015 identifient au moins cinq profils génétiques, sans attribution certaine, et sans possibilité de dater les traces. Le dossier est classé la même année. Les demandes de 2016 et de 2023 n’aboutissent pas davantage.
Entre-temps, l’œuvre a continué de vivre. De « Accattone » à « Mamma Roma », jusqu’à « Salò ou les 120 journées de Sodome », tourné l’année de sa mort, Pasolini reste l’une des voix les plus dérangeantes du XXe siècle italien, poète, polémiste et chroniqueur féroce de la société de consommation.
La réouverture relance aussi un débat ancien en Italie. Une partie des proches et des admirateurs de Pasolini a toujours soupçonné un crime à dimension politique, en lien avec ses enquêtes sur le pouvoir démocrate-chrétien et l’industrie pétrolière, nourries pour son roman inachevé « Pétrole ». Ces hypothèses n’ont jamais été établies par la justice.
La justice italienne se donne une nouvelle chance de répondre à une question vieille d’un demi-siècle. Pasolini aurait eu 104 ans en mars.
Sources : franceinfo ; ActuaLitté ; Quartz (d’après le New York Times)