Le palais de l'Élysée, siège de la présidence de la République

Livre sur sur les textos Emmanuel Macron : « aucun scoop » à signaler

Le livre d’Emmanuel Macron que l’Élysée n’avait pas commandé est arrivé par la porte de service. Dans « Vous êtes tous trop durs avec moi », publié chez Robert Laffont, la journaliste Françoise Degois reproduit environ deux ans d’échanges privés avec le chef de l’État. La présidence, qui a découvert l’ouvrage trois jours avant sa sortie, critique la méthode mais ne conteste pas l’authenticité des messages, même si ces deniers n’apportent aucune information croustillante, à tel point qu’au final le livre ressemble plus à un opération de com’ qu’à un cailloux dans la chaussure du président.

Lundi, au palais. Selon l’entourage présidentiel cité par l’AFP, c’est ce jour-là que l’Élysée a appris l’existence du livre, programmé en librairie pour le jeudi suivant. Trois jours. Le temps de lire, pas celui de réagir. Libération résume l’ambiance d’une formule : les conseillers n’ont rien vu venir.

L’autrice n’est pas une inconnue des cercles du pouvoir. Françoise Degois, journaliste politique, a aussi été conseillère de Ségolène Royal. Elle a échangé pendant près de deux ans avec Emmanuel Macron, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial (promotion 2016), notamment via une messagerie chiffrée. Selon l’AFP, elle n’a pas sollicité l’accord du président avant de rendre cette correspondance publique.

La méthode plutôt que le fond

À l’Élysée, la ligne de défense tient en deux temps. D’abord, relativiser. Un conseiller assure à Europe 1 qu’il n’y a « aucun scoop » sur le fond, les positions exprimées dans les messages recoupant les prises de parole publiques du président. Ensuite, déplacer le débat vers la manière. L’entourage présidentiel conteste le principe même de la publication de conversations privées, qu’il juge discutable, sans jamais affirmer que les textes cités seraient faux.

La ministre Sabrina Roubache, proche du couple présidentiel, a été plus directe sur BFMTV. Elle a qualifié la démarche de très étrange et l’a présentée comme pire qu’une trahison venant d’une journaliste. Elle a ajouté, dans le même souffle, que seuls les naïfs croient encore au caractère sacré du « off ». Les naïfs, sans doute, ne sont pas ceux qu’on croit.

Le précédent Hollande, version messagerie

La comparaison s’est imposée d’elle-même. En 2016, les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme publiaient « Un président ne devrait pas dire ça… », recueil des confidences de François Hollande paru quelques mois avant la fin de son mandat. L’ouvrage avait durablement abîmé la fin de quinquennat du socialiste.

Dix ans plus tard, le support a changé. Les entretiens enregistrés ont laissé la place aux bulles de messagerie, mais le mécanisme reste le même : un président en exercice qui se confie, et une journaliste qui publie. L’AFP rappelle un détail cruel. En 2016, sur Mediapart, le futur candidat Emmanuel Macron dénonçait la connivence entre politiques et médias et affirmait n’avoir aucun ami journaliste ni goût pour les confidences.

Peu de réactions, beaucoup de lecteurs

Dans la classe politique, les réactions sont restées rares au moment de la sortie, selon l’AFP. Gabriel Attal, pourtant visé dans certains messages, a balayé le sujet sur BFMTV en estimant qu’il n’intéressait pas les Français. L’ancien macroniste Aurélien Taché, passé à La France insoumise, a de son côté jugé sur X peu crédible que le président ait ignoré ce qu’il faisait en écrivant à une journaliste.

Le contenu des échanges, lui, porte sur la dissolution de juin 2024, le Rassemblement national, la gauche et l’ancien Premier ministre. Le titre du livre reprend une plainte du président lui-même, adressée à son interlocutrice : vous êtes tous trop durs avec moi.

La publication intervient à un moment délicat pour l’exécutif. À un an et demi de la présidentielle de 2027, à laquelle il ne peut pas se représenter, le chef de l’État cherche à peser sur la succession sans paraître l’organiser. Des messages privés qui égratignent ses anciens Premiers ministres et ses adversaires fragilisent cette posture d’arbitre, même lorsqu’ils ne révèlent rien de fondamentalement nouveau.

À dix-huit mois de la fin de son second mandat, Emmanuel Macron découvre qu’un livre peut se rédiger sans entretien, sans relecture et sans magnétophone. En 2016, il n’avait pas d’amis journalistes. Il en avait au moins une.


Sources : Libération ; AFP via Boursorama ; Europe 1