Santé publique France : Étienne Pot, un addictologue aux commandes

Le docteur Étienne Pot, médecin addictologue, a été nommé directeur général de Santé publique France par décret du président de la République du 19 octobre 2026, pour trois ans. Il assurait l’intérim depuis la mi-août. Il hérite d’une agence de 595 agents et 685 millions d’euros de budget, auditée à trois reprises par l’Inspection générale des affaires sociales et dont la communication a été réorganisée cette année.

Le profil tranche avec celui de nombreux dirigeants d’agences sanitaires. Médecin de terrain selon le portrait que lui consacre Le Monde, Étienne Pot est addictologue de formation. Avant de rejoindre l’agence, il occupait le poste de délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement, autisme compris.

Étienne Pot a également suivi une formation à l’OMS, où il a travaillé sur le règlement sanitaire international.

Nommé directeur général par intérim par arrêté du 11 août, il a été confirmé par décret le 19 octobre, publié le lendemain au Journal officiel, rapporte Vidal. Son mandat de trois ans est renouvelable.

Une agence sous inspection

L’établissement qu’il dirige a traversé une année agitée. Trois missions de l’IGAS se sont penchées sur son organisation, sur ses actions de communication et sur ses cellules régionales. Les conclusions de la troisième étaient encore attendues à l’automne.

En interne, la tension porte sur la prévention. Le collectif « Santé publique en danger », qui réunit des agents et une intersyndicale, affirme que Matignon valide désormais les campagnes avant leur diffusion. Il dénonce des retards sur les messages consacrés aux canicules, au tabac et aux paris sportifs. Une agence chargée de dire les risques dont les messages attendent le feu vert politique : le sujet dépasse la querelle administrative.

L’IA pour libérer les épidémiologistes

Auditionné au Sénat le 7 octobre, Étienne Pot a esquissé ses priorités. Il veut que les seize cellules régionales automatisent davantage leurs bulletins de surveillance, notamment à l’aide de l’intelligence artificielle, afin de redéployer les équipes sur le terrain. Il cite le vieillissement, le changement climatique et la santé des jeunes parmi les chantiers majeurs.

Il plaide aussi pour des campagnes de prévention accessibles à tous et pour une meilleure remontée d’informations depuis les établissements médico-sociaux et la médecine de ville, afin de suivre les publics les plus fragiles.

L’intégrité scientifique en gage

Devant les sénateurs, le nouveau directeur s’est dit attaché à l’intégrité scientifique de l’agence et favorable à la publication des rapports de l’IGAS. Il a salué des agents qui, selon lui, se sont sentis attaqués dans leur rôle scientifique. Créée en 2016, Santé publique France assure la veille épidémiologique, l’alerte sanitaire et les grandes campagnes de prévention, de l’alcool à la nutrition.

Un addictologue à la tête de l’agence chargée de lutter contre le tabac et l’alcool, la nomination a sa logique. Reste à savoir si le médecin de terrain pourra imposer le calendrier de la prévention à celui de Matignon.


Source : Le Monde

Sources complémentaires : Vidal