Force multinationale pour l’Ukraine : premier exercice en Pologne

La Force multinationale pour l’Ukraine prépare déjà l’après-guerre. Du 9 au 22 novembre, quelque 2 800 militaires de dix pays s’entraîneront à Nowa Dęba, dans le sud-est de la Pologne, à une centaine de kilomètres de la frontière ukrainienne. Paris et Londres, qui pilotent cette coalition, ont annoncé ce premier exercice le mardi 3 novembre. Objectif affiché : être prêts à se déployer dès la signature d’un cessez-le-feu.

L’exercice porte un nom sans détour : Koalicja. Pendant deux semaines, des soldats allemands, belges, espagnols, estoniens, français, lituaniens, néerlandais, polonais, britanniques et suédois vont simuler des mouvements de troupes et l’acheminement de ravitaillement, vivres et carburant compris, selon l’AFP reprise par Paris Match Belgique.

La France fournit le plus gros contingent, environ 1 100 militaires. Le Royaume-Uni en envoie près de 300. Le matériel restera léger : pas de blindés, seulement de quoi protéger les troupes déployées. La Turquie, qui dirige la composante maritime de la coalition, conduit en parallèle une simulation séparée consacrée à la sécurisation de la mer Noire, indique le ministère français des Armées.

Préparer la paix avant qu’elle n’existe

Le paradoxe est assumé. La force se prépare à une paix qui n’est pas signée. Son commandant, le général britannique Tom Bateman, estime qu’on ne peut pas bâtir une force multinationale une fois les combats terminés : la planification doit commencer maintenant. Le général français Armel Dirou, qui codirige l’exercice, y voit la démonstration concrète que la coalition saura se déployer dès la fin des hostilités.

D’où la formule reprise par Le Parisien en titre : il faut être prêts à agir en cas de paix. Une manière de dire que les garanties de sécurité promises à Kiev ne seront crédibles que si elles sont opérationnelles le jour même du cessez-le-feu.

Ce que la force fera, et ce qu’elle ne fera pas

Les missions annoncées sont précises. Dissuader une nouvelle agression russe, sécuriser la navigation en mer Noire pour les exportations agricoles ukrainiennes, aider à rouvrir l’espace aérien du pays et soutenir sa reconstruction économique.

Les limites le sont tout autant. Paris et Londres insistent : la Force multinationale pour l’Ukraine n’est pas une force de l’OTAN. Un éventuel déploiement se ferait loin de la ligne de front. Il ne s’agirait ni d’une mission de combat, ni d’une démonstration de force, ni d’une opération de maintien de la paix au sens classique. La nuance vise autant Moscou, qui rejette toute présence militaire occidentale en Ukraine, que les opinions publiques européennes, peu enclines à envoyer leurs soldats au front.

Une coalition née en 2025

La force est issue de la coalition des volontaires lancée par Emmanuel Macron et Keir Starmer après les premières discussions sur un cessez-le-feu, au printemps 2025. Créée en mars 2025 et déclarée opérationnelle à l’été suivant, elle réunit aujourd’hui environ 35 pays. Tous ne participeront pas à l’exercice de Pologne, qui mobilise un premier noyau de dix nations.

Le choix de la Pologne n’a rien d’anodin. Pays frontalier de l’Ukraine, principal point de passage de l’aide occidentale, il est aussi l’un des alliés européens qui ont le plus investi dans leur défense depuis l’invasion russe de février 2022. Organiser l’exercice à une centaine de kilomètres de l’Ukraine permet de tester la logistique dans des conditions proches d’un déploiement réel.

L’inconnue diplomatique

Reste l’essentiel, qui ne dépend pas des états-majors : la signature d’un cessez-le-feu. Sans accord entre Kiev et Moscou, la force demeure une capacité en attente. Son existence même pèse toutefois dans la négociation, en offrant à l’Ukraine une garantie concrète, et à la Russie un signal clair sur ce que serait l’après-guerre.

À Nowa Dęba, on va s’entraîner à transporter du carburant et des rations pendant deux semaines. C’est moins spectaculaire qu’une offensive. C’est souvent ainsi que se prépare une paix.


Sources : Le Parisien ; Paris Match Belgique / AFP