Modèle moléculaire en trois dimensions de l'hexane

Hexane : ce solvant toxique présent dans l’alimentation inquiète

L’hexane, un solvant issu de la pétrochimie, sert à extraire l’huile des graines de colza, de soja ou de tournesol et laisse des résidus jusque dans nos assiettes. Greenpeace, relayée par Psychologies, alerte sur ses effets sur le système nerveux et réclame son interdiction. Fin octobre, l’Assemblée nationale a adopté un amendement en ce sens, de justesse, dans le budget de la Sécurité sociale pour 2027.

L’hexane ne figure sur aucune étiquette. Classé comme auxiliaire technologique, il n’a pas à apparaître dans la liste des ingrédients. Il est pourtant au coeur d’un procédé industriel massif : l’extraction des huiles végétales. Selon Greenpeace, la méthode permet de récupérer environ 97 % de l’huile contenue dans les graines, contre 89 % par simple pression mécanique.

Le solvant sert aussi à produire les tourteaux, ces résidus riches en protéines qui nourrissent les animaux d’élevage. Par ce biais, des traces peuvent se retrouver dans le lait, le beurre ou la viande.

36 produits sur 56

En septembre 2025, l’ONG a fait analyser 56 produits par un laboratoire universitaire. Résultat : 36 contenaient des résidus d’hexane. Parmi eux, des huiles de tournesol et de colza, du beurre, du lait, y compris infantile, et du poulet. Greenpeace met en cause le groupe Avril, propriétaire des marques Lesieur et Puget, qui transformerait plus de la moitié des graines oléagineuses françaises.

Ces résultats sont ceux d’une organisation militante. Ils n’ont pas fait l’objet, à ce stade, d’une contre-expertise publique.

Le cerveau en ligne de mire

Les inquiétudes sanitaires reposent sur des données établies. Depuis février 2026, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) range le n-hexane parmi les substances extrêmement préoccupantes, en raison de sa neurotoxicité. C’est, selon Greenpeace, la première substance inscrite sur cette liste pour ce seul motif. L’hexane est aussi soupçonné d’être reprotoxique et perturbateur endocrinien.

En 2024, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) jugeait insuffisantes les données toxicologiques de référence, vieilles d’une trentaine d’années et fournies par l’industrie. La directive européenne de 2009 qui encadre les solvants d’extraction ne couvrirait pas, selon l’ONG, les produits d’origine animale. Les effets d’une exposition alimentaire chronique à faible dose restent, eux, à évaluer précisément.

60 voix contre 56

La bataille se joue désormais au Parlement. Lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, les députés ont adopté par 60 voix contre 56 un amendement de l’écologiste Benoît Biteau. Il prévoit d’interdire l’hexane dans la production d’aliments destinés aux humains comme aux animaux à partir du 1er janvier 2027. Selon Greenpeace, le camp gouvernemental, la droite et l’extrême droite ont voté contre. Le rapporteur estimait que les résidus ne présentaient pas de risque.

Rien n’est joué. L’amendement peut disparaître au fil de la navette parlementaire. Des procédés sans hexane existent, mais au prix d’un rendement moindre.

Le sujet a dépassé le cercle des militants. L’émission Cash Investigation lui a consacré une enquête, et l’Assemblée nationale a organisé une audition parlementaire sur la question. Dès 2014, l’Anses recommandait aux femmes enceintes d’éviter certains produits contenant de l’hexane, comme des colles ou des produits d’entretien, sans viser à l’époque l’alimentation. Greenpeace réclame aujourd’hui, au-delà de l’interdiction, l’étiquetage obligatoire des auxiliaires technologiques, afin que le consommateur sache comment ses aliments ont été fabriqués. L’ONG demande aussi l’interdiction de l’importation de produits contenant des résidus d’hexane.

Entre trois points de rendement et un solvant neurotoxique, le législateur va devoir choisir. Le consommateur, lui, ne peut toujours rien lire sur l’étiquette.


Source : Psychologies – https://www.psychologies.com/actualites/sciences-et-sante/Greenpeace-aliments-hexane-solvant-toxique-neurones-affaiblit-cerveau-611428

Sources consultées : Greenpeace France, enquête ; Greenpeace France, communiqué du 23 octobre 2026