Portrait officiel de Raphaël Glucksmann, député européen, en 2024

Place publique : Raphaël Glucksmann propose l’inéligibilité des élus condamnés pour racisme

Raphaël Glucksmann veut que les élus condamnés pour injure raciale, incitation à la haine raciale ou antisémitisme ne puissent plus se présenter devant les électeurs. Le coprésident de Place publique a formulé cette proposition le lundi 2 novembre sur BFMTV et RMC, rapportent 20 Minutes et l’AFP. Elle intervient dix jours après l’attentat raciste de Trappes, dans les Yvelines.

La formule résume la démarche. Pour Raphaël Glucksmann, candidat social-démocrate à la présidentielle, le racisme relève du délit, pas de l’opinion. Il en tire une conséquence électorale : une condamnation pour ces infractions devrait entraîner l’inéligibilité de l’élu concerné.

Le député européen trace toutefois une limite. Interdire une idéologie raciste ou priver de parole médiatique ceux qui tiennent ces propos lui paraît très compliqué. Interrogé sur les invitations faites à Éric Zemmour, condamné pour provocation à la discrimination et à la haine raciale, il répond par sa proposition d’inéligibilité, sans trancher sur la question des plateaux.

Trappes en arrière-plan

Le contexte pèse lourd. Le 23 octobre, à Trappes et à La Verrière, un homme a tiré depuis sa voiture, tuant un jeune homme de 26 ans et faisant plusieurs blessés. Le suspect, mis en examen dans une procédure suivie par le parquet national antiterroriste, a reconnu avoir ciblé des personnes perçues comme musulmanes ou d’origine africaine.

Depuis, le maire de Trappes, Ali Rabeh (Génération.s), multiplie les prises de parole. Il a notamment proposé de rendre illégale la théorie du « grand remplacement ». Fin octobre, il a lui-même reçu une lettre raciste et antisémite contenant une poudre blanche, qui s’est révélée être du talc.

Un climat que Glucksmann juge dangereux

Raphaël Glucksmann décrit un pays gagné par la détestation mutuelle. Il attribue ce climat à l’absence de projet commun et appelle à un grand projet républicain capable de réunir les Français. Le discours vise aussi l’électorat de gauche, à quelques mois d’une présidentielle où Place publique entend peser face à La France insoumise.

Ce que dit déjà le droit

Le code pénal permet déjà au juge de prononcer, à titre de peine complémentaire, une privation des droits civiques, et donc une inéligibilité, pour certaines infractions. La proposition de Raphaël Glucksmann irait plus loin en la rendant systématique pour les élus condamnés pour racisme ou antisémitisme. Sa mise en oeuvre supposerait une loi, et soulèverait les mêmes débats que l’inéligibilité automatique pour atteinte à la probité : individualisation des peines, contrôle du Conseil constitutionnel, libre choix des électeurs.

Fondateur de Place publique en 2018, Raphaël Glucksmann avait conduit la liste commune avec le Parti socialiste aux élections européennes de 2024, arrivée en tête à gauche avec près de 14 % des voix. Depuis, il cherche à incarner une gauche sociale-démocrate et pro-européenne, distincte de La France insoumise. Ses prises de position sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme s’inscrivent dans cette stratégie : parler à la fois aux électeurs choqués par l’attentat de Trappes et à ceux qui s’inquiètent de la montée de l’antisémitisme, deux sujets que la gauche peine parfois à traiter ensemble.

La question n’est pas théorique. Éric Zemmour, que Raphaël Glucksmann a été invité à commenter, a notamment été condamné définitivement en 2011 pour provocation à la discrimination raciale. Le président de Reconquête n’exerce pas de mandat électif national, mais son cas illustre le débat soulevé : faut-il laisser aux électeurs le soin de sanctionner, ou fermer la porte des urnes à ceux que la justice a déjà condamnés ? La proposition de Raphaël Glucksmann tranche en faveur de la seconde option, au nom de l’idée que le racisme relève du Code pénal.

Raphaël Glucksmann a posé le principe. Reste à trouver une majorité pour l’écrire dans la loi, et des électeurs pour le suivre.


Sources : 20 Minutes – The Times of Israël / AFP