La pétition demandant la suppression de CNews a franchi le seuil des 500 000 signatures sur la plateforme de l’Assemblée nationale, rapportent L’Obs et LCP le 2 novembre. Déposée en juin par Lucas Massoni, elle a explosé dans les jours qui ont suivi l’attentat raciste de Trappes. Le texte peut désormais ouvrir la voie à un débat dans l’hémicycle, sans aucun effet automatique sur la chaîne du groupe Bolloré.
Le texte n’est pas neuf. Publié en juin 2026 sur le site officiel des pétitions de l’Assemblée nationale, il végétait. Son auteur, Lucas Massoni, y décrit CNews comme une « machine de propagande » plutôt qu’une chaîne d’information et réclame que l’Arcom lui retire sa convention sur la TNT.
Fin octobre, tout s’accélère. Selon L’Humanité, cité par Paris Match Belgique, le compteur dépasse les 200 000 signatures le vendredi 30 octobre, dont plus de 60 000 en vingt-quatre heures. Quelques jours plus tard, la barre des 500 000 signatures vérifiées est franchie.
Trappes, le déclencheur
Le contexte explique la poussée. Le 23 octobre, à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, un homme a tiré depuis sa voiture, tuant un jeune homme de 26 ans et blessant plusieurs personnes. Le suspect, mis en examen dans un dossier suivi par le parquet national antiterroriste, a reconnu avoir visé des personnes perçues comme musulmanes ou d’origine africaine.
Dans la foulée, plusieurs responsables politiques ont mis en cause la responsabilité des chaînes d’information en continu, CNews en tête. Le député LFI Thomas Portes a notamment accusé la chaîne d’avoir désigné les musulmans comme cible. Sur le terrain, des lycéens mobilisés ont refusé de s’exprimer devant ses équipes. Une proviseure d’un lycée incendié avait, dès début octobre, éconduit ses journalistes.
Le dossier à charge du pétitionnaire
Le texte de la pétition aligne les griefs : propos jugés racistes ou discriminatoires, moqueries visant des personnalités, informations erronées. Il avance 27 mises en garde de l’Arcom depuis 2019, 630 000 euros d’amendes cumulées et 52 sanctions visant C8 et CNews en douze ans. Ces chiffres sont ceux du pétitionnaire. Paris Match Belgique précise ne pas les avoir vérifiés de son côté.
Une jeune manifestante a par ailleurs reproché à la chaîne d’avoir diffusé des images de manifestations en Albanie présentées comme françaises. CNews n’avait pas réagi publiquement à la date de publication des articles consultés.
Un débat possible, pas une fermeture
Que se passe-t-il maintenant ? Comme le rappelle LCP, le seuil de 500 000 signatures doit être atteint avec des soutiens issus d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer. La commission des affaires culturelles décide ensuite d’examiner la pétition ou de la classer. Si elle l’examine, la Conférence des présidents peut décider d’un débat en séance publique.
Un tel débat ne fermerait pas la chaîne, ne déclencherait aucune loi et n’engagerait aucune procédure devant l’Arcom. Les précédents sont contrastés : la pétition contre la loi Duplomb a abouti à un débat dans l’hémicycle, celle contre la présomption d’usage légitime de l’arme pour les forces de l’ordre a été classée.
Le débat sur CNews ne date pas d’hier. En février 2024, le Conseil d’État avait demandé à l’Arcom de réexaminer le respect par la chaîne de ses obligations de pluralisme et d’indépendance de l’information, en tenant compte de l’ensemble des intervenants à l’antenne. Un an plus tard, sa chaîne soeur C8, autre propriété du groupe Canal+, contrôlé par la famille Bolloré, perdait sa fréquence sur la TNT faute de renouvellement par le régulateur. CNews a, de son côté, conservé la sienne. C’est précisément cette autorisation que vise aujourd’hui le pétitionnaire, en s’adressant à l’Assemblée plutôt qu’au régulateur lui-même.
Un demi-million de Français demandent qu’on éteigne une chaîne. L’Assemblée, elle, ne peut que décider d’en parler. La liberté d’expression a aussi ses procédures. D’autant plus qu’n octobre 2026, CNews a été regardée par 44,7 millions de personnes au moins une fois dans le mois. Selon les derniers chiffres de Médiamétrie, publiés le 2 novembre 2026, CNews enregistre 3,6 % de part d’audience en octobre 2026, à égalité avec BFMTV à l’arrondi.
Sources consultées : LCP ; Paris Match Belgique